Klair Décrypte
FES-I : chiffrer la peur de tomber avant qu’elle n’immobilise
Seize activités, une cotation de 1 à 4 : la FES-I mesure la préoccupation à l’idée de tomber, pas le risque de chute. Score de 16 à 64, trois niveaux de préoccupation (Delbaere 2010), et pas encore de changement minimal important validé.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 26/10/2026
Après une chute, beaucoup de patients âgés récupèrent leur force et leur équilibre plus vite que leur tranquillité d’esprit. Ils renoncent aux courses, aux visites, à la douche sans quelqu’un à côté. Cette peur de tomber pèse sur l’autonomie et sur la participation. La Falls Efficacy Scale International (FES-I) en mesure une composante précise, la préoccupation à l’idée de tomber pendant des activités courantes. Elle sert à la chiffrer, à la suivre, et à vérifier que la rééducation ne rend pas seulement le patient plus stable, mais aussi moins inquiet de bouger.
La préoccupation, activité par activité
Les 16 items couvrent la vie quotidienne à l’intérieur — ménage, habillage, repas, toilette, passage assis-debout, escalier, atteinte d’un objet en hauteur ou au sol, se presser pour répondre au téléphone — et à l’extérieur : courses, promenade dans le quartier, visites, sorties sociales, surfaces glissantes ou inégales, pentes, lieux fréquentés. Pour chacun, le patient ne dit pas s’il sait le faire ni à quel point il se sent en équilibre, mais à quel point il est préoccupé par l’idée de tomber en le faisant. C’est la différence avec l’échelle ABC, qui interroge la confiance en son équilibre. La structure de l’outil distingue, selon Yardley (2005), des activités peu exigeantes, surtout à domicile, et des activités plus exigeantes, surtout à l’extérieur ; les items sociaux en font partie. L’échantillon de validation comptait 704 personnes de 60 à 95 ans vivant à domicile.
Trois temps
Les pièges de lecture
Ce que le score dit, et ce qu’il ne dit pas
Delbaere (2010) a suivi 500 personnes de 70 à 90 ans vivant à domicile pendant un an : les deux versions de la FES-I avaient une bonne validité, et des seuils définis par courbes ROC séparent une préoccupation faible, modérée ou élevée. Les scores augmentaient avec le temps, qu’il y ait eu chute ou non, et les auteurs demandent de confirmer ces seuils dans d’autres populations et d’étudier la sensibilité au changement pendant une intervention. Préoccupation ne veut pas dire risque : chez 118 personnes âgées sans chute récente, une préoccupation élevée au départ ne prédisait pas les chutes à un mois ni à un an (Weijer 2021). L’application affiche ces trois niveaux et rien d’autre : le repère « > 23 », la subdivision de la préoccupation élevée et le changement minimal de 8 à 10 points ont été retirés faute de source vérifiée. La fiabilité est excellente (ICC 0,96), mais aucun changement minimal important n’a été validé : un changement de niveau, confirmé par ce que le patient ose refaire, compte davantage qu’un nombre de points.
Un exemple. Un homme de 81 ans, deux chutes dans l’année, coche « beaucoup » pour quatre activités, « assez » pour quatre, « un peu » pour quatre et « pas du tout » pour les quatre dernières : 16 + 12 + 8 + 4 = 40, préoccupation élevée. Après dix semaines de travail d’équilibre et de sorties accompagnées, il obtient 29 : la baisse de 11 points va dans le bon sens et il a repris seul ses courses du matin, mais il reste juste au-dessus du niveau modéré. Le suivi continue, avec un objectif concret : descendre dans le niveau modéré (20-27), sorties à l’appui.
La Short FES-I pour aller vite
Où elle prend sa place
La FES-I se propose à tout patient qui a chuté, qui marche avec appréhension ou qui a réduit ses sorties. On la couple volontiers à l’échelle ABC, qui mesure la confiance en l’équilibre plutôt que la préoccupation, et on la lit à côté des antécédents de chute. Elle ne remplace pas un test de performance — Berg, Timed Up and Go, Tinetti — mais elle en change la lecture : deux patients au même score de Berg ne vivent pas la même réalité si l’un ose sortir et l’autre non.
À garder pour chiffrer la peur de tomber
Un questionnaire court et fiable, qui chiffre la préoccupation à l’idée de tomber, sans mesurer le risque de chute. Il se lit dans le bon sens (plus haut = plus de préoccupation), avec trois niveaux établis chez le sujet âgé, sans changement minimal important validé, et toujours à côté d’un test de performance.