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Bloc de Coleman : le talon se redresse, mais pas autant qu’on le voit

Une cale sous le bord latéral du pied, le premier rayon dans le vide : le varus d’arrière-pied se corrige-t-il ? Test simple et incontournable du pied creux, mais le scanner en charge montre une correction réelle bien moindre.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 12/10/2026

Bloc de Coleman : le talon se redresse, mais pas autant qu’on le voit

Un patient consulte pour des entorses de cheville à répétition. De dos, en charge, ses talons sont en varus et ses voûtes plantaires très creusées. Avant de parler proprioception et renforcement des fibulaires, il faut répondre à une question mécanique : ce varus vient-il de l’arrière-pied lui-même, ou est-il imposé par un avant-pied dont le premier rayon plonge vers le sol ? Depuis 1977, une simple cale de bois permet de le savoir. Ce que le test ne dit pas, les études au scanner en charge l’ont montré récemment : le talon qui « se corrige » sur la cale reste souvent en varus.

Retirer la béquille du premier rayon

Dans le pied cavo-varus, décrit par Younger et Hansen (2005), un long fibulaire et un tibial postérieur relativement puissants placent l’arrière-pied en varus et l’avant-pied en valgus, premier métatarsien abaissé. En charge, ce premier rayon touche le sol en premier et agit comme une béquille : pour que le reste du pied se pose, le talon doit basculer en varus. Si l’arrière-pied est souple, retirer la béquille suffit à lui rendre sa position. C’est tout le principe de Coleman : on place une cale sous le bord latéral du pied, le premier rayon plonge dans le vide, et l’on observe le talon. Il se redresse : le varus est entraîné par l’avant-pied. Il reste en varus : l’arrière-pied est rigide.

Trois temps

Une cale mal posée, un test ininterprétable

Ce que le scanner a montré

Aucune étude retrouvée n’a mesuré une sensibilité ou une spécificité du test : il n’existe pas de référence consensuelle de la « souplesse » de l’arrière-pied. Foran (2020) a été le premier, selon ses auteurs, à confronter le test à l’imagerie. Chez 6 adultes porteurs d’un pied cavo-varus, la cale diminuait bien le varus sur la photographie clinique (de 10,0 à 6,2°), sur la radiographie (de 16,8 à 7,5°, différence non significative) et au scanner en charge (de 33,4 à 30,2°). Mais aucun patient n’obtenait une correction complète, quelle que soit la méthode de mesure. Point rassurant, l’évaluation clinique était fortement corrélée à la mesure automatisée du scanner.

Pires (2024) a repris la question sur 40 pieds cavo-varus souples, comparés à 40 pieds témoins. Sur la cale, le scanner montrait une nette amélioration de l’alignement global et de l’adduction de l’avant-pied, dont la couverture talo-naviculaire rejoignait les valeurs des témoins. En revanche, les mesures coronales de l’arrière-pied ne s’amélioraient pas, et l’alignement global restait différent de celui des témoins. Autrement dit, une partie de la « correction » visible à l’œil vient de l’avant-pied et de la rotation du pied, pas du talon : le test tend à surestimer la souplesse de l’arrière-pied, ce que Foran postulait dans son hypothèse de départ.

Pourquoi le kinésithérapeute s’en sert

Pour le chirurgien, le test oriente le geste : selon Cristofaro, un arrière-pied souple n’impose de corriger que le cavus, tandis qu’un arrière-pied rigide demande une correction supplémentaire, le plus souvent une ostéotomie de translation latérale du calcanéum. Pour le kinésithérapeute, il éclaire le bilan d’une instabilité latérale de cheville, d’une tendinopathie des fibulaires ou d’une fracture de fatigue, que Younger et Hansen relient à la surcharge du bord externe dans le pied varus. Et il doit faire penser à la cause : ces auteurs rappellent que le pied cavo-varus relève souvent d’une neuropathie héréditaire sensitivo-motrice, et peut aussi suivre une paralysie cérébrale, un AVC ou un pied bot résiduel. Un pied creux varus sans cause connue doit faire évoquer une origine neurologique.

À faire devant tout pied creux varus

Quelques secondes et une cale pour distinguer un varus entraîné par l’avant-pied d’un arrière-pied rigide. Un test d’orientation, sans chiffre de précision, qui surestime probablement la correction réelle du talon.