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Abaissement des jambes : mesurer le contrôle du bassin, pas diagnostiquer

Deux jambes tendues qui descendent, un bassin qui bascule, un angle. Fiable dans l’étude de Krause (ICC 0,98) mais sans norme chez le lombalgique : un repère de progression du renforcement abdominal.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 05/10/2026

Abaissement des jambes : mesurer le contrôle du bassin, pas diagnostiquer

Dans un programme de renforcement du tronc, il faut bien savoir d’où l’on part et si l’on progresse. Le test d’abaissement des jambes répond à cette question avec un matériel minimal : une table, un goniomètre ou un inclinomètre, parfois un coussin de pression. Il ne dit pas pourquoi un patient a mal au dos, ni s’il a une instabilité. Il mesure une capacité — tenir le bassin pendant que deux jambes tendues créent un bras de levier croissant — et c’est dans cette limite qu’il faut le lire.

Ce que mesure l’angle

Jambes à la verticale, le poids des membres inférieurs passe presque au-dessus des hanches. À mesure qu’elles descendent, le bras de levier s’allonge et les fléchisseurs de hanche tirent le bassin en antéversion ; les abdominaux doivent s’y opposer pour garder le rachis lombaire plaqué. L’angle où ce contrôle cède résume donc l’équilibre entre ces deux forces. Haladay (2015) l’a vérifié chez 10 sujets sains : l’angle était très fortement lié au moment résultant à la hanche, modérément à fortement à l’activité électromyographique du grand droit, et modérément à celle de l’oblique externe. Le test sollicite donc surtout la chaîne antérieure globale, et pas spécifiquement le transverse.

Trois temps

Trois erreurs qui faussent la mesure

Lire un angle

Les seules valeurs de référence disponibles viennent de Krause (2005) : 100 volontaires sains de 18 à 29 ans, 50 hommes et 50 femmes. L’angle moyen de perte du contrôle était de 15,4° chez les hommes et de 36,9° chez les femmes, une différence significative ; le sexe et l’âge prédisaient la performance. La fiabilité intra-examinateur était excellente, avec un ICC de 0,98. Ces chiffres ne s’appliquent ni aux personnes plus âgées ni aux lombalgiques, et ne constituent pas un seuil pathologique : une femme de 50 ans à 40° n’a pas « un test anormal ».

La reproductibilité mérite d’ailleurs une réserve. Chez 33 hommes sportifs testés deux fois, Vera-Garcia (2019) ne retrouve pas une fiabilité suffisante pour ce test, contrairement au test de Biering-Sørensen ; il ne l’a donc pas retenu dans ses analyses de corrélation. Aucune étude ne fournit de changement minimal détectable : une amélioration de quelques degrés entre deux séances peut relever du bruit. Concrètement, seul un gain franc, retrouvé à plusieurs réévaluations avec le même examinateur, le même repère lombaire et la même vitesse de descente, peut être lu comme une progression probable ; un écart isolé et modeste ne permet pas de conclure.

Et chez le lombalgique ?

Où il prend sa place

Le test d’abaissement des jambes trouve sa place en phase avancée de rééducation lombaire ou chez le sportif, comme repère de progression d’un programme de renforcement de la paroi abdominale. Il se complète par les tests d’endurance du tronc — fléchisseurs et pont latéral de McGill, test de Biering-Sørensen pour les extenseurs —, qui mesurent une autre qualité, et par des questionnaires de fonction comme l’Oswestry, qui disent si cette capacité retrouvée compte dans la vie du patient. Vera-Garcia rappelle que les tests de « stabilité du tronc » corrèlent peu entre eux : ils ne sont pas interchangeables.

À utiliser comme repère de progression, avec le même protocole

Simple et très fiable chez un examinateur entraîné dans l’étude de Krause, mais sans norme chez le lombalgique, sans changement minimal détectable publié et sans valeur diagnostique. Un outil de suivi du renforcement, à associer à des tests d’endurance et à un questionnaire de fonction.