Klair Décrypte
Appui unipodal chronométré : ce que la montre voit, et ne voit pas, de la cheville instable
Tenir sur une jambe est un test très fiable et gratuit. Mais chez les patients à cheville instable, le déficit d’équilibre est fin : un chronomètre le laisse souvent passer.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
« Tenez-vous sur une jambe. » C’est sans doute le test d’équilibre le plus demandé en rééducation de la cheville, et le plus simple : pas de matériel, un simple chronomètre. Après une entorse, le patient qui vacille sur le pied atteint mais tient sans difficulté sur l’autre montre quelque chose de réel. La question est de savoir ce que ce chronomètre peut réellement mesurer — et ce qu’il laisse passer chez les patients dont la cheville reste instable des mois après l’entorse.
Ce que le test mesure
L’appui unipodal explore l’équilibre statique : la capacité à maintenir le centre de masse au-dessus d’une base de sustentation réduite à un pied. La cheville y joue un rôle central, par ses corrections permanentes et fines ; quand elles ne suffisent plus, la hanche et le tronc prennent le relais. Fermer les yeux supprime la vision et oblige le système nerveux à s’appuyer sur la proprioception et le système vestibulaire. Le résultat se lit de deux façons : un temps de maintien, et une qualité — oscillations, stratégie de cheville ou de hanche, appui du pied opposé.
Trois temps
Les pièges de lecture
Fiable, mais peu sensible au déficit de l’instabilité
Sur la fiabilité, les données sont excellentes. Springer 2007 a testé 549 adultes sains de 18 ans et plus, répartis en six tranches d’âge, et obtenu une fiabilité inter-évaluateurs de 0,994 yeux ouverts et 0,998 yeux fermés pour le meilleur de trois essais. Le temps de maintien diminuait avec l’âge dans les deux conditions, sans différence liée au sexe. Les auteurs fournissent des valeurs normatives par tranche d’âge : elles portent sur des adultes sains, pas sur des patients après entorse.
Sur la capacité à révéler l’instabilité, le tableau est moins favorable. Hertel 2007 a comparé 15 femmes actives avec instabilité chronique unilatérale à 9 témoins, en appui unipodal yeux ouverts sur plateforme de force, trois essais de 10 secondes. Les mesures dites de temps avant limite — le délai pendant lequel le centre de pression pourrait continuer sa course avant d’atteindre le bord du pied — étaient plus basses chez les patients pour 5 des 6 indices. Mais une seule des 8 mesures classiques du centre de pression différait entre les groupes. Autrement dit, le déficit existe, mais il est fin : il faut des mesures sophistiquées pour le voir. Un chronomètre, qui ne note que la chute, en est encore plus loin.
Durcir le test, ou changer d’outil
À garder comme mesure de base, pas comme test d’instabilité
L’appui unipodal est fiable, gratuit, et utile pour suivre un patient après entorse ou un patient âgé. Mais son effet plafond et sa grossièreté le rendent peu apte à révéler le déficit fin de l’instabilité chronique.