Klair Décrypte
Dizziness Handicap Inventory : mesurer ce que le vertige coûte au patient
Vingt-cinq questions, trois dimensions, un score sur 100 : le DHI chiffre le handicap lié aux vertiges, même quand l’examen s’est normalisé. Changement réel à partir de 18 points.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 08/10/2026
Une patiente consulte pour des vertiges positionnels. Le Dix-Hallpike est positif, la manœuvre libératoire fonctionne, le nystagmus disparaît. Pourtant, trois semaines plus tard, elle n’ose toujours pas se pencher pour ramasser un objet et évite le supermarché. L’examen clinique est normalisé ; le handicap, lui, persiste. Le Dizziness Handicap Inventory est l’outil qui le mesure. Il ne pose aucun diagnostic vestibulaire ; il chiffre ce que les vertiges et l’instabilité coûtent au patient dans sa vie, et permet de suivre ce coût au fil de la rééducation.
Trois dimensions du handicap
Les 25 items se répartissent en trois sous-échelles. La dimension fonctionnelle (9 items) explore la restriction des activités : se déplacer, travailler, sortir seul, assumer ses responsabilités domestiques. La dimension émotionnelle (9 items) explore le retentissement psychologique : frustration, gêne sociale, peur de rester seul, humeur dépressive. La dimension physique (7 items) explore les situations qui déclenchent ou aggravent les symptômes : regarder vers le haut, mouvements rapides de la tête, se retourner dans le lit, se pencher. Le DHI s’adresse à tout patient qui se plaint de vertiges ou d’instabilité, quelle qu’en soit la cause. Une nuance : la structure en trois facteurs n’a pas toujours été retrouvée (la validation norvégienne de Tamber 2009 a renoncé aux sous-scores) ; le total reste la mesure la plus robuste.
Trois temps
Ce que le DHI ne dit pas
Lire un score
Il n’existe pas de paliers de sévérité consensuels : plusieurs découpages (léger, modéré, sévère) circulent, avec des bornes différentes, et aucun n’est issu de la validation originale. Klair Kiné n’en affiche donc aucun ; le total se lit comme une quantité de handicap, à suivre dans le temps. Pour le suivi, deux repères publiés coexistent et ne mesurent pas la même chose. Jacobson et Newman (1990) calculent qu’un changement d’au moins 18 points est nécessaire pour dépasser l’erreur de mesure chez un patient donné ; c’est le repère retenu par l’application. Tamber (2009), sur la version norvégienne, situe le changement minimal important à 11 points (ce que les patients perçoivent comme une amélioration) mais la plus petite différence détectable à 20 points. Autrement dit, une baisse de 11 à 17 points peut correspondre à une amélioration ressentie, sans que l’on puisse l’affirmer avec certitude pour un individu.
Reprenons la patiente du début. Au premier bilan : fonctionnel 20, émotionnel 12, physique 16, soit 48, avec un handicap dominé par la restriction d’activités et les situations déclenchantes. Trois mois plus tard, après une rééducation vestibulaire associant habituation et reprise progressive des activités : fonctionnel 10, émotionnel 6, physique 8, soit 24. La baisse de 24 points dépasse le seuil de 18 : le changement dépasse l’erreur de mesure. Si le total n’avait baissé que de 10 points, l’amélioration ressentie en séance n’aurait pas pu être considérée comme démontrée.
Anciens résultats : attention à la comparaison
Où il prend sa place
Le DHI est la pièce subjective d’un bilan vestibulaire. On l’associe volontiers à une échelle de vertige visuel et à un test de marche dynamique comme le DGI ou la FGA, que cette rubrique a décrits. L’examen clinique — manœuvre de Dix-Hallpike pour le VPPB du canal postérieur, par exemple — oriente le diagnostic ; les tests de marche mesurent la capacité ; le DHI mesure le retentissement. Quand les trois évoluent ensemble, la rééducation est sur la bonne voie. Quand le DHI reste élevé malgré des tests normalisés, c’est souvent la peur du mouvement qu’il faut désormais travailler.
À garder chez tout patient vertigineux
Le questionnaire de référence de la rééducation vestibulaire : rapide, fidèle, avec un repère de changement clair. Il mesure le handicap vécu, sans paliers de sévérité consensuels.