Klair Décrypte
Boiterie antalgique de hanche : regarder, puis chronométrer
Appui écourté, pas raccourci, marche ralentie : la boiterie d’esquive ouvre tout bilan de hanche, sans être un test validé. Dans l’arthrose, la marche est 26 % plus lente et l’appui plus court côté atteint — de quoi la mesurer.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 02/11/2026
Le bilan commence souvent avant que le patient ne s’assoie : dans le couloir, entre la salle d’attente et la table, on voit déjà qu’il boite. La boiterie antalgique est l’un des signes les plus parlants de la pathologie de hanche, et l’un des moins étudiés comme outil. Aucune étude ne dit avec quelle fiabilité deux kinésithérapeutes la reconnaissent, ni ce qu’elle vaut pour un diagnostic. En revanche, les études de marche instrumentée ont décrit précisément ce qu’elle recouvre, et elles donnent une piste simple pour la mesurer.
Esquiver l’appui douloureux
Quand l’appui fait mal, le système nerveux cherche à l’écourter. Le patient pose le pied du côté douloureux, transfère le poids aussi vite que possible sur l’autre jambe, et raccourcit le pas suivant. Il en résulte un rythme asymétrique, « court-long », souvent accompagné d’un ralentissement global. D’autres compensations peuvent s’y ajouter : inclinaison du tronc au-dessus de la hanche douloureuse pour réduire le bras de levier, appui sur une canne, raideur du genou. La boiterie de Trendelenburg, elle, se reconnaît à la chute du bassin du côté opposé à l’appui, et traduit d’abord une insuffisance des abducteurs ; les deux coexistent souvent.
Trois temps
Les pièges de l’observation
Ce que mesure la marche instrumentée
La méta-analyse de Constantinou 2014, qui a réuni 30 études comparant la marche de personnes souffrant d’arthrose de hanche à celle de témoins, ou le côté atteint au côté sain, confirme ce que l’œil perçoit. La vitesse de marche spontanée était 26 % plus lente chez les patients, principalement parce que leur foulée était plus courte. Les preuves étaient concordantes pour une asymétrie plus marquée : longueur de pas et durée d’appui plus courtes du côté atteint. Les auteurs soulignent que la vitesse et l’asymétrie peuvent être évaluées simplement en clinique et constituent un moyen objectif de suivre l’évolution sous traitement.
L’observation visuelle, elle, a été peu formalisée pour la hanche. La revue de Ridao-Fernández 2019 a recensé 14 échelles d’observation de la marche validées : la grande majorité des études portaient sur des patients neurologiques, et seulement une petite part sur des troubles musculosquelettiques. Il n’existe donc pas, dans nos sources, d’échelle validée de la boiterie antalgique de hanche, ni de seuil de fiabilité pour sa simple observation. Nous n’affichons ni sensibilité, ni spécificité, ni fiabilité.
Exemple fictif
Où elle prend sa place
L’observation de la boiterie ouvre le bilan et oriente les tests. Pour la décrire plus finement côté bassin, cette rubrique a disséqué la marche de Trendelenburg ; pour la quantifier, le test de marche de 10 mètres et le test de marche de 6 minutes apportent des mesures reproductibles ; pour l’origine articulaire, la mesure des rotations de hanche et les tests de provocation prennent le relais. Une boiterie qui s’améliore, chiffrée par la vitesse, est l’un des indicateurs de progression les plus parlants pour le patient lui-même.
À observer toujours, à mesurer dès que possible
L’observation de la boiterie antalgique n’a ni fiabilité ni valeur diagnostique mesurées, mais elle ouvre l’examen et se quantifie facilement : vitesse de marche et asymétrie des appuis sont modifiées de façon concordante dans l’arthrose de hanche.