Klair Décrypte
Sunnybrook Facial Grading System : suivre la face paralysée, syncinésies comprises
Repos, cinq mouvements volontaires, syncinésies : le Sunnybrook chiffre la paralysie faciale sur 100 et suit sa récupération bien plus finement qu’un grade global.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 28/09/2026
Une patiente de 45 ans suit une rééducation neuromusculaire depuis trois mois pour une paralysie de Bell. Son grade de House-Brackmann n’a pas bougé en deux consultations. Pourtant, elle ferme mieux l’œil, son sourire s’élargit — et une contraction parasite de la paupière apparaît quand elle sourit. Un grade global ne peut pas raconter ces trois évolutions à la fois. Le Sunnybrook Facial Grading System a été conçu pour les séparer : ce qui se passe au repos, ce que le patient parvient à faire volontairement, et les mouvements involontaires qui accompagnent la récupération.
Trois composantes, cinq mouvements
La première composante est la symétrie au repos, notée comme une pénalité : plus l’hémiface paralysée s’écarte de l’hémiface saine au repos, plus le score baisse. La deuxième est la symétrie du mouvement volontaire, évaluée sur cinq mouvements clés qui balaient les branches du nerf facial : élever le front, fermer l’œil, sourire, retrousser la narine, et un mouvement des lèvres. La troisième est la sévérité des syncinésies — ces co-contractions involontaires, comme la fermeture de l’œil pendant le sourire — cotée pour les mêmes cinq mouvements. C’est une échelle de clinicien, régionale et quantitative. Son intérêt principal est de suivre la récupération d’une paralysie faciale périphérique et d’en objectiver les séquelles, notamment les syncinésies fréquentes après une paralysie de Bell.
Trois temps
Les pièges de cotation
Lire un score
Le composite va de 0 à 100, 100 correspondant à un visage normal. Il se lit avant tout en évolution. Dans sa validation, Ross a montré que chaque composante était sensible au changement après rééducation et que l’échelle offrait une plage plus large et plus continue que le House-Brackmann. En revanche, ni la fiabilité inter-évaluateurs — alors en cours d’étude — ni un changement minimal important n’y étaient établis : les valeurs parfois citées (ICC de 0,84 à 0,94, 7,7 points) ne se vérifient pas dans nos sources. Son atout majeur tient à sa construction : il détecte les syncinésies, séquelles communes après une paralysie de Bell, que le House-Brackmann néglige.
Reprenons la patiente. Au bilan de départ, son composite est de 42, avec une pénalité de repos marquée, des mouvements volontaires faibles et aucune syncinésie. Trois mois plus tard, le composite atteint 53 : le gain de 11 points, obtenu par le même évaluateur, va dans le sens de la clinique. Surtout, le détail des composantes montre que la progression des mouvements volontaires est en partie amputée par l’apparition de syncinésies œil-bouche. La rééducation change d’orientation : moins de renforcement global, davantage de travail de dissociation des mouvements, avec au besoin un biofeedback.
Sunnybrook ou House-Brackmann ?
Où il prend sa place
Le Sunnybrook est l’échelle de suivi de la rééducation faciale : après une paralysie de Bell, après une chirurgie réparatrice, avant et après une injection de toxine botulique. Nos sources l’associent au biofeedback EMG, dont il objective les effets, et au Facial Disability Index, qui apporte ce que le clinicien ne voit pas : le retentissement sur les repas, la parole et la vie sociale. Le trio FDI + Sunnybrook + House-Brackmann forme ainsi un bilan complet, croisant la perception du patient et celle de l’examinateur.
À garder pour suivre la paralysie faciale
Une échelle clinique fiable et sensible au changement, qui sépare repos, mouvement volontaire et syncinésies. Elle se lit en évolution, sur la grille officielle et avec le même évaluateur, et se complète par le FDI.