Klair Décrypte
BESS : compter les erreurs d’équilibre, et connaître l’erreur du compteur
Trois positions, deux surfaces, yeux fermés : le BESS compte les erreurs d’équilibre sans plateforme de force. Il repère les grands déficits, mais entre deux évaluateurs il faut plus de 9 points pour parler de vrai changement.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
Un joueur a pris un choc à la tête, un autre revient d’une entorse de cheville à répétition. Dans les deux cas, on voudrait savoir si son équilibre est altéré, et on n’a pas de plateforme de force sous la main. Le BESS répond à ce besoin avec un morceau de mousse, un chronomètre et une grille d’observation : trois positions, deux surfaces, yeux fermés, vingt secondes chacune, et l’on compte les erreurs. Le principe est d’une grande simplicité. La lecture l’est beaucoup moins : entre deux évaluateurs, le score total peut varier de plus de neuf points sans que l’équilibre du joueur ait changé.
Retirer la vue, puis le sol
L’équilibre statique repose sur trois entrées : la vision, le système vestibulaire et les informations somesthésiques venues des pieds et des articulations. Le BESS en retire progressivement deux. Les yeux fermés suppriment la vision. La surface en mousse brouille les informations plantaires et articulaires. Et les trois positions réduisent pas à pas la base de sustentation. Il ne reste alors au sujet que ses informations vestibulaires et ce qu’il peut tirer de ses chevilles, ce qui explique que le test soit sensible à la commotion comme à l’instabilité de cheville. Dans l’étude originale, les sujets commotionnés commettaient plus d’erreurs que leurs témoins, et les positions sur mousse restaient différentes jusqu’au troisième jour.
Trois temps
Ce qui fait bouger le score en dehors de la blessure
Lire un score
La revue systématique de Bell (2011) donne des ordres de grandeur. Après une commotion, le score moyen tournait autour de 17 erreurs, contre 10 erreurs en moyenne dans les mesures de référence. Chez les sujets porteurs d’une instabilité fonctionnelle de cheville, les écarts se concentraient sur les positions les plus difficiles : 2,9 erreurs contre 1,6 en unipodal sur sol ferme, 4,3 contre 2,7 en tandem sur mousse, 7,0 contre 5,6 en unipodal sur mousse. Mais Bell conclut aussi que le BESS est valide pour détecter les grandes différences, comme après une commotion ou un effort épuisant, et qu’il peut ne pas l’être quand les différences sont subtiles. Nos sources ne donnent aucun seuil pathologique : on compare le sujet à lui-même, idéalement à une mesure de référence faite avant la blessure.
Encore faut-il savoir ce qu’est un vrai changement. Finnoff (2009) a fait coter les vidéos de 30 sujets par trois évaluateurs expérimentés, à une semaine d’intervalle. Le score total avait un ICC de 0,74 pour un même évaluateur et de 0,57 entre évaluateurs, et les auteurs le jugeaient peu fiable ; certaines positions prises isolément l’étaient davantage. Le changement minimal détectable était de 7,3 points pour un même évaluateur et de 9,4 points entre évaluateurs. Exemple : un joueur passe de 18 à 13 erreurs en une semaine. Si c’est le même kinésithérapeute qui compte, la baisse de 5 points reste sous le seuil de 7,3 : elle ne prouve pas un progrès. Chez les 9-14 ans, la stabilité test-retest rapportée par Bell est modérée (ICC 0,70, erreur standard de 3,3 erreurs).
Où il prend sa place
Le BESS garde deux usages. Après une commotion, il est l’un des éléments d’un bilan multimodal, dans sa version modifiée intégrée au SCAT5, que cette rubrique a décrit, jamais un critère unique de retour au jeu. Après une entorse, il peut documenter un déficit d’équilibre statique et son évolution, à condition de respecter les mêmes conditions de passation. Il ne dit rien, en revanche, de la performance dynamique : chez des footballeurs universitaires, Hamilton (2008) ne trouvait aucune relation entre le score BESS et la distance du triple hop. Pour l’équilibre dynamique d’une cheville instable, on le complète par des tests d’atteinte ou de saut.
À utiliser pour les grands écarts, avec un seul évaluateur
Un test bon marché qui objective un déficit d’équilibre statique net, après commotion ou dans l’instabilité de cheville. Sa fiabilité inter-évaluateurs est faible et son changement minimal détectable dépasse 7 points : il suit mal les petits progrès.