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Bilan articulaire du brûlé : mesurer la rétraction en tendant la cicatrice

Le goniomètre est fiable chez le brûlé, avec un changement minimal détectable de 5 à 9°. Mais mesuré en position neutre, il sous-estime la rétraction : une cicatrice qui franchit plusieurs articulations se mesure peau tendue.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 19/10/2026

Bilan articulaire du brûlé : mesurer la rétraction en tendant la cicatrice

Une brûlure profonde du creux axillaire, du pli du coude ou du dos de la main cicatrise en tirant. La peau cicatricielle se rétracte, perd sa souplesse et finit par limiter l’articulation qu’elle recouvre. Pour le kinésithérapeute, tout l’enjeu est de repérer cette perte tôt, de la chiffrer et de suivre l’effet des postures, des orthèses et des étirements. Le goniomètre reste l’outil de base. Encore faut-il savoir ce qu’il mesure vraiment chez un brûlé : une articulation, ou une peau.

Un problème fréquent, et prévisible

Les rétractions ne sont pas une complication marginale. Chez 985 adultes suivis dans un centre régional des brûlés (Schneider 2006), 38,7 % avaient au moins une rétraction d’une grosse articulation à la sortie de l’hôpital, avec en moyenne trois rétractions par patient concerné ; l’épaule était la plus touchée (38 %), devant le coude (34 %) et le genou (22 %). La plupart étaient légères (60 %) ou modérées (32 %). Dans l’étude multicentrique de Lensing 2020, qui explorait sept articulations et dix-huit mouvements, 86,3 % des 300 patients sortaient avec une limitation d’amplitude. Les facteurs associés sont connus : étendue de la brûlure, greffe, durée de séjour, alitement prolongé, brûlure du membre inférieur, et mauvaise adhésion à la rééducation.

Trois temps

La goniométrie standard sous-estime la rétraction

Fiabilité et changement minimal

La fiabilité de la goniométrie chez le brûlé a longtemps été mise en doute. Edgar 2009 l’a mesurée sur des amplitudes actives, avec un protocole standardisé : un kinésithérapeute a répété ses mesures à cinq minutes d’intervalle chez 21 patients, et quatre kinésithérapeutes ont mesuré les mêmes 45 patients le même jour. La fiabilité intra-évaluateur dépassait 0,99, la fiabilité inter-évaluateurs 0,94. Surtout, l’étude fournit des changements minimaux détectables directement utilisables : au moins 5° à la cheville et au moins 9° pour les autres articulations testées ; pour les mesures linéaires de la main, un changement de plus de 1 cm ; pour l’opposition du pouce, au moins un demi-point d’échelle.

Concrètement, une abduction d’épaule qui passe de 110° à 115° en une semaine chez un patient brûlé du creux axillaire reste sous le seuil de 9° : la progression n’est pas démontrée. Si elle atteint 125° la semaine suivante, le gain de 15° dépasse l’erreur de mesure. Ces seuils valent pour un protocole identique d’une séance à l’autre : si la position des articulations voisines change — coude fléchi une fois, tendu la suivante —, la comparaison perd son sens. Pour anticiper les zones à risque, Parry 2025 montre que la proportion d’unités fonctionnelles cutanées brûlées prédit un peu mieux les amplitudes à la sortie que la seule surface corporelle brûlée, en particulier pour la main — dans les données d’apprentissage, la différence disparaissant en validation externe.

Ce que la mesure change en rééducation

À garder, en tendant la cicatrice

Une mesure simple, fiable chez le brûlé quand elle est standardisée, avec des changements minimaux détectables publiés. Sa limite principale est méthodologique : mesurée en position neutre, elle sous-estime les rétractions qui franchissent plusieurs articulations.