Klair Décrypte
AOFAS cheville-arrière-pied : le score que l’on cite, pas celui qui mesure
Le score le plus utilisé en chirurgie du pied mélange interrogatoire et examen, avance par paliers et affiche une validité faible. Utile pour dialoguer avec le chirurgien, inadapté au suivi d’une rééducation.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
Le compte rendu d’une arthrodèse ou d’une ostéosynthèse de cheville mentionne souvent un « AOFAS pré-opératoire ». Le kinésithérapeute qui reprend le patient se demande alors s’il doit suivre le même score. La question mérite une vraie réponse, car l’AOFAS cheville-arrière-pied est à la fois l’un des scores les plus utilisés de la littérature du pied et l’un des plus critiqués sur le plan de la mesure. Ce n’est pas un test diagnostique : c’est un score de résultat, que l’on doit savoir lire avant de décider de l’utiliser.
Un score hybride, moitié interrogatoire, moitié examen
L’échelle mélange deux sources d’information. Le patient renseigne la douleur (de 0 à 40 points, en quatre niveaux), ses limitations d’activité et aides techniques (0 à 10), sa distance de marche maximale (0 à 5, exprimée en « pâtés de maisons ») et sa difficulté sur les terrains irréguliers, escaliers et pentes (0 à 5). Le clinicien cote l’anomalie de la marche (0 à 8), la mobilité sagittale de la cheville (8 points à 30° ou plus, 4 entre 15 et 29°, 0 sous 15°), la mobilité de l’arrière-pied en inversion-éversion (0 à 6), la stabilité (0 ou 8) et l’alignement (0, 5 ou 10). La cible : les atteintes de la cheville et de l’arrière-pied, traumatiques ou dégénératives, en particulier en chirurgie.
Trois temps
Pourquoi il mesure mal
Lire un score quand on doit le lire
Le score avance par paliers : la douleur passe de 30 à 40 d’un seul coup, la stabilité de 0 à 8. Un patient peut donc gagner 10 points en changeant une seule réponse, et en perdre autant sur une appréciation du clinicien. Il n’existe pas de changement minimal important validé pour l’échelle cheville-arrière-pied. Le seul chiffre souvent cité concerne l’échelle de l’hallux après chirurgie d’hallux valgus (Chan 2017) : il varie selon la méthode de 7,9 à 30,2 points. Transposé tel quel à la cheville, il n’aurait pas de sens.
Exemple. Quatre mois après une fracture bimalléolaire opérée, une patiente décrit une douleur légère et occasionnelle (30), une limitation des loisirs sans aide (7), une marche de 4 à 6 pâtés de maisons (4) et quelques difficultés en terrain irrégulier (3). À l’examen : boiterie évidente (4), mobilité sagittale entre 15 et 29° (4), arrière-pied normal (6), cheville stable (8), bon alignement (10). Total : 76/100. Si sa douleur disparaît, elle passe à 86 sans rien gagner en mobilité ni en marche. À l’inverse, une flexion dorsale qui progresse de 15 à 28° ne rapporte aucun point : elle reste dans le même palier. Le score ne voit pas ce que la rééducation travaille.
Ce qu’il vaut mieux utiliser à la place
Où il prend sa place
L’AOFAS garde une utilité : dialoguer avec les chirurgiens et situer un patient par rapport à une littérature qui l’emploie massivement. Si l’équipe chirurgicale le demande, renseignez-le, mais sans en faire votre critère de progression. Votre suivi repose alors sur un questionnaire patient validé et sur des mesures cliniques continues — goniométrie, tests de marche et d’équilibre — qui détectent les gains que les paliers de l’AOFAS ignorent.
À ne pas choisir comme outil de suivi en rééducation
Un score historique, incontournable pour lire la littérature chirurgicale, mais à la validité faible, désavoué comme critère de jugement par sa propre société savante et sans changement minimal important propre. Renseignez-le si on vous le demande ; suivez le patient avec un questionnaire validé et des mesures continues.