Klair Décrypte
Classification CEAP : lire l’insuffisance veineuse chronique en quatre lettres
C0 à C6, étiologie, anatomie, reflux ou obstruction : la CEAP décrit un membre veineux à une date donnée. Reproductible si l’examen est standardisé, elle ne mesure pas l’évolution.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
« C3 Ep As Pr » : pour le kinésithérapeute qui reçoit une prescription de drainage ou d’éducation à la contention, la ligne peut sembler cryptique. Elle résume pourtant l’essentiel d’un membre veineux : un œdème, une cause primaire, une atteinte superficielle, un reflux. La classification CEAP est le vocabulaire international de la maladie veineuse chronique, utilisé dans la plupart des publications. Encore faut-il savoir la lire, et savoir ce qu’elle ne fait pas : elle décrit, elle ne mesure pas.
Quatre lettres, quatre questions
La lettre C décrit ce que l’on voit et palpe ; E la cause ; A les veines atteintes ; P le mécanisme. Les classes cliniques vont de C0 à C6 (Lurie 2020, reprise par Chung 2024). La révision de 2020 a ajouté la corona phlebectatica comme sous-classe C4c, le suffixe « r » pour les varices récidivées (C2r) et les ulcères actifs récidivés (C6r), et remplacé les numéros des segments veineux par leurs abréviations usuelles.
- C0 aucun signe visible ou palpable · C1 télangiectasies ou veines réticulaires · C2 varices (C2r : récidivées) · C3 œdème.
- C4 altérations de la peau et du tissu sous-cutané : C4a pigmentation ou eczéma, C4b lipodermatosclérose ou atrophie blanche, C4c corona phlebectatica.
- C5 ulcère cicatrisé · C6 ulcère veineux actif (C6r : récidivé).
- E : Ep primaire, Es secondaire (Esi intraveineuse, Ese extraveineuse), Ec congénitale, En pas de cause identifiée. A : As superficielle, Ap perforantes, Ad profonde, An pas de localisation. P : Pr reflux, Po obstruction, Pr,o les deux, Pn aucun mécanisme identifié.
Trois temps
Les pièges de lecture
Ce que les chiffres disent vraiment
La CEAP n’a ni sensibilité ni spécificité : elle ne pose pas de diagnostic, elle le range. Ce qui compte pour une classification, c’est sa reproductibilité. Chez 33 participants examinés deux jours de suite par deux équipes, selon des recommandations de standardisation — examen le matin, debout, manœuvre de provocation du reflux —, Soeder (2025) retrouvait un accord de 76 % sur la classe C quand le même investigateur recotait le lendemain (κ pondéré 0,71), et de 63 % entre deux investigateurs le même jour (κ pondéré 0,63). Les auteurs concluent qu’en standardisant l’examen, une bonne reproductibilité est accessible ; les désaccords se concentraient toutefois sur les classes basses.
Exemple fictif. Une patiente présente des varices de la grande veine saphène, un œdème de cheville en fin de journée et une pigmentation brune au tiers inférieur de jambe ; l’écho-doppler montre un reflux saphène sans atteinte profonde. Son membre cumule C2, C3 et C4a — la plus avancée étant C4a —, avec Ep, As et Pr. Le « 4a » oriente vers la surveillance cutanée, l’éducation et la contention prescrite ; la mention « Pr » rappelle qu’il s’agit d’un reflux, pas d’une obstruction. Six mois plus tard, si l’œdème a disparu, la pigmentation reste : le membre reste C4a, et c’est un score de sévérité qui montrera l’amélioration.
CEAP de base ou avancée ?
À connaître pour lire une prescription et un compte rendu
Une classification internationale, descriptive et raisonnablement reproductible quand l’examen est standardisé. Elle dit où en est le membre à une date donnée ; elle ne remplace ni un score de sévérité ni un questionnaire pour suivre l’évolution.