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Bruxisme possible, probable, définitif : ce que le cabinet peut vraiment affirmer

Une usure dentaire ou un patient qui dit grincer ne font pas un bruxisme démontré. La gradation internationale de Lobbezoo distingue ce qu’on suppose, ce qu’on observe et ce qu’on enregistre.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 16/10/2026

Bruxisme possible, probable, définitif : ce que le cabinet peut vraiment affirmer

« Vous serrez les dents la nuit. » La phrase est courante, souvent prononcée sur la foi d’une usure dentaire ou d’un masséter volumineux, et elle oriente souvent toute la prise en charge d’une douleur de mâchoire. Le consensus international sur le bruxisme invite à plus de prudence : il distingue ce que l’on suppose, ce que l’on observe et ce que l’on enregistre. Pour le kinésithérapeute, ce vocabulaire évite d’affirmer un comportement qu’aucun examen du cabinet ne permet de confirmer.

Deux bruxismes, et un comportement avant d’être une maladie

En 2013, le groupe de Lobbezoo a défini le bruxisme comme une activité répétitive des muscles masticateurs caractérisée par le serrement ou le grincement des dents et/ou par le maintien ou la propulsion de la mandibule. Il en distingue deux formes : pendant le sommeil et pendant l’éveil. La révision de 2018 précise : le bruxisme du sommeil est une activité rythmique ou non rythmique ; celui de l’éveil se traduit par des contacts dentaires répétés ou prolongés, ou par un maintien ou une propulsion de la mandibule. Surtout, chez un sujet par ailleurs en bonne santé, le bruxisme n’est pas un trouble, mais un comportement qui peut être un facteur de risque — ou de protection — pour certaines conséquences cliniques.

Trois niveaux de preuve

Pourquoi la gradation a changé en 2018

Ce que vaut chaque niveau

L’auto-déclaration reste l’outil le plus utilisé, mais un indicateur fragile d’une activité réelle. Raphael et al. ont fait passer deux nuits en laboratoire du sommeil à 124 femmes souffrant de douleur myofasciale temporo-mandibulaire et à 46 témoins. Déclarer grincer des dents prédisait, chez les patientes, la présence de bruits de grincement pendant la nuit, mais ni les patientes ni les témoins n’étaient correctement classés pour un bruxisme du sommeil modéré ou sévère. Les auteurs concluent que la conscience de grincer des dents est très peu probablement un indicateur valide d’un vrai bruxisme du sommeil.

L’inspection clinique a ses propres pièges. Lobbezoo et al. citent l’hypertrophie des masséters, les empreintes dentaires sur la langue ou la lèvre, la ligne blanche de la joue, les dents fêlées, les échecs répétés de restaurations et l’usure mécanique des dents. Mais ils préviennent : les empreintes et la ligne blanche peuvent résulter d’une activité fonctionnelle normale comme la déglutition, et une usure dentaire témoigne du passé sans prouver une activité actuelle. Quant à la fréquence du comportement, la revue de Manfredini et al. (2013) donne des prévalences auto-déclarées de 22,1 à 31 % pour le bruxisme d’éveil et d’environ 12,8 % pour un bruxisme du sommeil « fréquent », mais toutes reposent sur une ou deux questions.

Ce que le consensus déconseille

À utiliser pour qualifier ce qu’on sait, pas pour diagnostiquer

La gradation évite de transformer une impression en certitude. Au cabinet, on atteint au mieux le niveau « probable » ; l’enregistrement instrumental seul permet d’affirmer un bruxisme.