Analyse d'article
Mulligan pour le cou : 33 études, zéro certitude
Les techniques de Mulligan sont partout en cabinet. Mais avec 29 études sur 33 à haut risque de biais et une certitude GRADE « très faible », que valent vraiment les preuves ?
Par Team Klair Kiné · 10 min de lecture · Publié le 24/04/2026
Mulligan pour les cervicalgies : technique miracle ou habitude de cabinet ?
Les SNAGs, NAGs et MWMs de Mulligan font partie de la boîte à outils de beaucoup de kinés. Simple, rapide, le patient repart souvent soulagé. Mais quand on confronte cette technique à 33 études et une méta-analyse, le tableau se complique sérieusement.
Silva et al. (2025) ont passé au crible toute la littérature. Le verdict GRADE : certitude très faible. 29 études sur 33 à haut risque de biais. Zéro à faible risque. On vous décrypte ce que ça change concrètement dans votre pratique.
The Effectiveness of Mulligan's Techniques in Non Specific Neck Pain: A Systematic Review
Question clinique (PICO)
Analyse méthodologique
Résultats clés
Les techniques de Mulligan ne sont pas plus efficaces que les autres interventions pour la douleur, l'incapacité ou le ROM cervical.
Les SNAGs combinées à d'autres traitements montrent des résultats parfois supérieurs pour la douleur (SMD = -0.30, p = 0.05) et l'incapacité (MD = -8.65, p < 0.001). Mais attention : certitude GRADE = très faible.
Détail des résultats pour les cervicalgies chroniques :
- Douleur : SNAGs + thérapie conventionnelle + exercices vs thérapie + exercices : SMD = -0.30 (IC 95% : -0.61 à 0.00, p = 0.05) → petit effet, à la limite de la significativité
- Incapacité : SNAGs + exercices vs exercices seuls : MD = -8.65 (IC 95% : -9.57 à -7.73, p < 0.001) → grand effet mais études à haut risque de biais
- ROM cervical : quelques améliorations significatives mais hétérogénéité élevée (I² jusqu'à 97%)
- Certitude GRADE : très faible pour toutes les comparaisons
Même les résultats « supérieurs » viennent d'études à haut risque de biais. Avec 29/33 études biaisées, impossible de faire confiance aux chiffres, aussi impressionnants soient-ils.
Re-discussion de la discussion
Les auteurs écrivent que les techniques de Mulligan sont « safe, simple, and potentially beneficial for managing chronic NP when combined with other interventions ». C'est prudent dans la formulation.
Mais juste après, dans les « Implications for Physiotherapy Practice », ils suggèrent d'incorporer ces techniques en pratique clinique. C'est contradictoire avec une certitude GRADE « très faible ». Quand la quasi-totalité de vos preuves vient d'études biaisées, recommander l'intégration clinique est une surinterprétation. Les effets « supérieurs » observés pourraient tout simplement disparaître dans des ECR de meilleure qualité.
Impact clinique
Recommandations pour la recherche future
- Mener des ECR de haute qualité avec randomisation rigoureuse, aveuglement et puissance statistique adéquate
- Standardiser les protocoles de Mulligan (dosage, fréquence, technique spécifique) pour réduire l'hétérogénéité
- Inclure des analyses de sensibilité et des évaluations du biais de publication dans les futures revues
- Réaliser des méta-régressions pour explorer les facteurs d'hétérogénéité (type de technique, chronicité, sévérité)
- Privilégier les suivis à moyen et long terme (3-6-12 mois) pour évaluer la durabilité des effets
- Comparer spécifiquement Mulligan vs exercices seuls (le comparateur le plus pertinent cliniquement)