Klair Décrypte
PEQ : évaluer la vie avec la prothèse, et d’abord la mobilité
Le PEQ interroge l’amputé sur sa prothèse : moignon, apparence, bruits, frustration, marche. Trop long en entier pour le cabinet, il offre un volet mobilité fiable, avec un changement cliniquement important à 8 points sur 48.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 27/10/2026
Un patient amputé fémoral marche correctement au Timed Up and Go, et pourtant il ne porte plus sa prothèse le week-end. Parce que l’emboîture le blesse ? Parce que le genou fait du bruit dans la rue ? Parce qu’il se sent regardé ? Les tests de performance ne répondent pas à ces questions. Le PEQ a été construit pour elles : évaluer la prothèse et la vie avec la prothèse, du point de vue de celui qui la porte. C’est un outil de mesure de la qualité de vie liée à la prothèse, pas un outil diagnostique — et, en pratique, c’est souvent son seul volet mobilité que l’on utilise.
Neuf échelles, et des items en plus
Legro a organisé le questionnaire en quatre familles : la fonction de la prothèse — utilité, état du moignon, apparence, bruits —, la mobilité — marche et transferts —, le vécu psychosocial — regard des autres, frustration, fardeau social — et le bien-être. Son résumé liste dix échelles, dont neuf ont montré une bonne cohérence interne ; les descriptions ultérieures retiennent neuf échelles, l’échelle transferts rejoignant les items hors échelle (Maikos 2023). Ces items supplémentaires portent notamment sur la satisfaction, la douleur, les transferts, l’entretien de la prothèse et l’importance accordée à chaque domaine. Chaque échelle se score à part : il n’existe pas de score total.
Trois temps
Plusieurs PEQ circulent : vérifiez lequel
Ce qu’un chiffre veut dire
Pour la version complète, les données vérifiables restent qualitatives : bonne cohérence interne pour neuf échelles et une stabilité test-retest suffisante pour comparer des groupes (Legro 1998). Le volet mobilité est bien mieux documenté. Chez 87 patients en rééducation prothétique, Franchignoni (2020) retrouve un ICC de 0,90, un changement minimal détectable de 5,5 points sur 48 et une différence minimale cliniquement importante de 8 points, soit 16,7 % du score maximal. Chez 201 amputés appareillés retestés à 2 ou 3 jours, Hafner (2016) obtient un ICC de 0,92 et un changement minimal détectable de 0,55 point sur la moyenne de 0 à 4 (IC 90 %).
Les scores ont aussi un sens en valeur absolue. Chez 180 amputés vivant à domicile, Wong (2016) a relevé un PEQ-MS moyen de 14,8 sur 48 chez les patients classés « marche au domicile » par l’échelle de Houghton, 26,4 en « domicile et extérieur limité » et 36,6 en « marche extérieure ». Concrètement, un patient qui passe de 22 à 27 points pendant sa rééducation reste sous le changement minimal détectable ; à 31 points, les 9 points gagnés dépassent la différence minimale cliniquement importante.
Où la version complète garde son intérêt
Où il prend sa place
Le PEQ-MS se range parmi les mesures rapides et fiables recommandées pour suivre l’amputé, aux côtés du PLUS-M et de l’échelle ABC (Sions 2020) ; il corrélait fortement avec le LCI-5 (ρ = 0,78) dans l’étude de Franchignoni (2007). Il se complète par une mesure de performance — test de marche de 2 minutes, Timed Up and Go, L Test — qui objective ce que le patient déclare. La version complète, elle, relève du bilan ponctuel ou de la recherche : elle éclaire le « pourquoi » quand l’usage de la prothèse ne suit pas les capacités.
Garder le volet mobilité, piocher dans le reste
La version complète est longue et peu chiffrée ; ses échelles isolées aident à comprendre un non-usage de la prothèse. Le volet mobilité révisé, lui, est fiable et dispose de seuils de changement établis en rééducation.