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Bounce home test : le genou qui ne revient pas en extension

Fléchir le genou, le laisser retomber, regarder s’il s’étend. Un geste de deux secondes pour repérer un blocage méniscal, cité partout et jamais mesuré : il oriente, il ne chiffre rien.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 30/10/2026

Bounce home test : le genou qui ne revient pas en extension

Il y a un genou méniscal qui ne laisse aucun doute : celui qui ne s’étend plus. Un fragment de ménisque s’est luxé dans l’échancrure, et le patient arrive le genou fléchi, incapable de le tendre. Entre ce tableau bruyant et le genou normal, il existe des déficits d’extension discrets que l’examen peut manquer. Le bounce home test sert à les chercher : on laisse tomber le genou en extension, et on regarde s’il y arrive. C’est un geste de deux secondes, cité dans toutes les revues sur l’examen méniscal. C’est aussi un test dont personne, à notre connaissance, n’a mesuré la précision.

Laisser le genou retomber

Le principe est mécanique. En extension complète, le fémur vient se verrouiller sur le tibia et les ménisques sont repoussés vers l’arrière. Un fragment méniscal instable — typiquement une anse de seau, fragment longitudinal luxé vers le centre de l’articulation — s’interpose entre les surfaces et fait butée. Le consensus européen de l’ESSKA (Kopf 2020) décrit précisément ce mécanisme : le fragment instable s’engage entre condyle et plateau tibial, ou dans l’échancrure, et provoque blocage et douleur brutale. Le bounce home ne cherche pas la douleur d’un ménisque pincé comme le McMurray ; il cherche l’obstacle à l’extension.

Trois temps

Tout déficit d’extension n’est pas un ménisque

Pourquoi il n’y a pas de chiffres

Les méta-analyses sur l’examen méniscal ne s’y sont pas intéressées. Hegedus (2007) a réuni dix-huit études, mais seuls trois tests — McMurray, Apley et douleur de l’interligne — avaient assez de données pour être méta-analysés. Smith (2015) a retenu le McMurray, l’interligne et le Thessaly. Le bounce home apparaît dans les revues narratives, comme celles de Lento (2000) ou de Maffulli (2010), qui le citent parmi les manœuvres classiques, mais sans étude de précision diagnostique. Les affirmations qui circulent — « très spécifique », « évocateur d’une anse de seau » — sont plausibles sur le plan mécanique, mais elles ne sont pas mesurées. Nous n’affichons donc ni rapport de vraisemblance, ni calcul de probabilité.

Ce qui est documenté, en revanche, c’est la valeur de l’ensemble. Le consensus ESSKA rapporte un score à cinq critères : un antécédent de blocage ou d’accrochage, une douleur en hyperextension forcée, une douleur en hyperflexion, une douleur à la palpation de l’interligne et un McMurray positif. Quand les cinq sont présents, la valeur prédictive atteint 92 % ; elle est de 82 % avec quatre critères et de 77 % avec trois. Le bounce home, qui teste la fin d’extension, s’inscrit naturellement dans cette logique de faisceau.

Ce qu’un genou bloqué change à votre décision

La vraie question n’est pas diagnostique, elle est d’orientation. Un genou qui a perdu brutalement son extension après un traumatisme en torsion, avec un arrêt ferme et reproductible, évoque une lésion méniscale instable — et un ménisque bloqué ne se rééduque pas. Le consensus ESSKA recommande, pour une anse de seau bloquée non réductible, une réparation rapide ; plus d’un tiers des lésions méniscales s’accompagnent d’une rupture du LCA, qu’il faut chercher dans le même temps avec un Lachman. À l’inverse, un déficit d’extension progressif, sans traumatisme, sur un genou épanché ou arthrosique relève d’une autre démarche.

À faire, pour repérer un blocage, jamais pour chiffrer

Deux secondes pour vérifier que le genou atteint son extension. Aucune étude n’en a mesuré la précision : un bounce home positif oriente vers un obstacle mécanique, un négatif n’écarte aucune lésion méniscale.