Klair Décrypte

Adson : un pouls qui change chez un sujet sain sur neuf

La modification du pouls radial en rotation et inspiration survient aussi chez des sujets sains : 11 % chez Plewa. Ce qui reste du test d’Adson, c’est ce que le patient ressent — pas ce que vous palpez.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 26/10/2026

Adson : un pouls qui change chez un sujet sain sur neuf

Cette rubrique a traité le cluster TOS pour le syndrome du défilé thoraco-brachial, en expliquant pourquoi aucun de ses tests ne vaut isolément.

Le défilé des scalènes

Le paquet vasculo-nerveux du membre supérieur — plexus brachial et artère subclavière — traverse un triangle étroit délimité par le scalène antérieur en avant, le scalène moyen en arrière et la première côte en bas. La manœuvre d’Adson resserre ce triangle : la rotation de la tête vers le côté testé et l’extension du cou tendent les scalènes, et l’inspiration profonde maintenue élève la première côte.

L’idée d’Adson en 1927 était de démontrer une compression artérielle en objectivant la disparition du pouls radial. Et c’est précisément là que le raisonnement s’est fragilisé : on sait aujourd’hui que la très grande majorité des syndromes du défilé sont de forme neurogène — le plexus, pas l’artère — et que la compression artérielle positionnelle est un phénomène largement physiologique.

Trois temps

Le pouls n’est pas le test — les symptômes le sont

Les chiffres, et ce qui les rend si dispersés

Aucune sensibilité ni spécificité n’a pu être vérifiée dans une source accessible pour ce test : nous n’en tirons ni rapport de vraisemblance ni probabilité post-test, et le test se lit comme un élément d’orientation parmi d’autres.

Mais ces valeurs sont les plus favorables de toutes celles que citent les données. Hixson, en 2017, conclut dans sa revue que l’Adson ne permet pas le diagnostic différentiel du défilé thoraco-brachial. Une telle dispersion s’explique par trois facteurs : le critère retenu — pouls seul, symptômes seuls, ou l’un ou l’autre —, l’absence d’étalon de référence consensuel pour le syndrome du défilé neurogène, et l’hétérogénéité de ce que les auteurs appellent « TOS ».

Ce dernier point est le fond du problème, et il vaut d’être dit : le syndrome du défilé thoraco-brachial n’a pas de test de référence. L’électromyogramme est normal dans les formes non déficitaires, l’imagerie ne montre qu’une anatomie, et le diagnostic reste largement clinique. Quand l’étalon est flou, les performances des tests le sont aussi — c’est une limite structurelle, pas un défaut de ce test en particulier.

Une nuance utile, tout de même : les données signalent que la « valeur prédictive positive est améliorée chez les patients avec côte cervicale documentée — environ 85 % ». C’est logique et c’est exploitable : chez un patient dont la radiographie montre une côte cervicale ou une apophysomégalie de C7, la probabilité de départ est bien plus élevée, et le même test devient nettement plus informatif.

Le cluster, et ce qui compte vraiment

On lit souvent qu’un « cluster de Sanders » exigerait au moins deux tests positifs sur quatre (Adson, Roos, Wright, Eden) : cette règle ne figure pas dans l’article de Sanders (2007) et aucun seuil de ce type n’a été validé. Ce qui est établi est plus modeste : associer les tests de provocation relève la spécificité (Gillard 2001), mais 56 % des sujets sains ont au moins un test positif (Nord 2008). Reste l’exigence d’une anamnèse cohérente, et elle n’est pas décorative : dans un tableau où tous les tests ont une spécificité médiocre, c’est l’histoire clinique qui porte l’essentiel de l’information.

Et cette histoire est reconnaissable. Des symptômes qui apparaissent bras en élévation et de façon positionnelle — étendre du linge, se coiffer, conduire, dormir bras au-dessus de la tête. Une lourdeur et une fatigabilité plus qu’une douleur franche. Un territoire volontiers ulnaire, car le tronc inférieur du plexus est le plus exposé. Et un terrain : femme jeune, antécédent de traumatisme cervical, port de charges, sport d’armé.

Les données proposent enfin deux compléments pertinents : « combiner avec l’ULNT3 » — le test neurodynamique du nerf ulnaire — « et la palpation des scalènes pour la composante neurologique ». Le second est particulièrement rentable : une reproduction des symptômes par la palpation ou la mise en tension des scalènes est un argument bien plus direct qu’une variation de pouls.

Un mot enfin sur le différentiel, car les données le signalent explicitement : « beaucoup de faux positifs chez les sujets sains et avec d’autres pathologies — canal carpien ». C’est un piège classique. Un syndrome du canal carpien, une compression ulnaire au coude ou une radiculopathie C8-T1 produisent des paresthésies distales que le patient localise mal, et rendent les tests de défilé faussement positifs. Avant de conclure au défilé, écartez les compressions distales — ce que cette rubrique a traité avec le test de flexion du coude, le hand elevation test et le scratch collapse. Le défilé est un diagnostic que l’on pose en dernier.

À faire dans le cluster, en regardant les symptômes et non le pouls

Ce qui reste utilisable : la reproduction des symptômes, dans un cluster, avec une anamnèse cohérente.