Klair Décrypte
GDS-15 : dépister la dépression chez la personne âgée en rééducation
Quinze oui ou non, aucun symptôme somatique, un seuil à 5 : l’échelle gériatrique de dépression repère ce qui freine la récupération d’un patient âgé. Cotation, items inversés et pièges cognitifs.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 15/10/2026
Une patiente de quatre-vingt-deux ans est suivie à domicile après une chute. Elle refuse de sortir, dit qu’elle « ne sert plus à rien », a perdu l’appétit et oublie ses exercices. Est-ce l’âge, la peur de retomber, un début de trouble cognitif… ou une dépression ? Chez la personne âgée, la dépression est fréquente, souvent masquée par des plaintes physiques, et elle compromet directement la récupération fonctionnelle et le risque de nouvelle chute. La GDS-15 est l’outil conçu pour la dépister dans cette population, avec un format adapté à ses contraintes.
Un outil pensé pour la personne âgée
Deux choix font la spécificité de la GDS. D’abord, un format oui/non : pas d’échelle de fréquence à nuancer, ce qui la rend accessible aux patients fatigués, peu scolarisés ou présentant des troubles cognitifs légers. Ensuite, l’exclusion des symptômes somatiques — sommeil, appétit, douleurs —, qui chez la personne âgée relèvent souvent de maladies associées ou de traitements. Les quinze questions explorent la satisfaction de vie, le renoncement aux activités, le sentiment de vide, l’ennui, la bonne humeur, les craintes, le sentiment d’impuissance, la préférence pour rester chez soi, la plainte de mémoire, l’énergie, le sentiment d’inutilité, le désespoir et la comparaison défavorable aux autres.
Trois temps
Les pièges de passation et de lecture
Lire un score
La lecture est binaire : moins de 5, dépistage négatif ; 5 ou plus, dépistage positif. C’est ainsi que Klair Kiné restitue le score, sans les paliers « léger, modéré, sévère » que l’on croise parfois et qui n’ont pas de validation solide pour la version courte. Au seuil de 5, la méta-analyse de Pocklington (2016) donne une sensibilité de 0,89 et une spécificité de 0,77, soit un LR+ d’environ 3,9 et un LR− d’environ 0,14. Si l’on part d’une probabilité de dépression de 15 % — valeur prise pour l’exemple —, un dépistage positif la porte à environ 41 % et un dépistage négatif la ramène à environ 2,5 %. Autrement dit, la GDS-15 exclut mieux qu’elle ne confirme : un score positif appelle une évaluation médicale, pas un diagnostic. Les auteurs signalent aussi un possible choix sélectif des seuils rapportés dans les études, ce qui invite à la prudence.
Exemple : notre patiente répond « non » à la satisfaction de vie et à l’énergie, « oui » au renoncement aux activités, au sentiment d’inutilité, à la préférence pour rester chez elle, à l’ennui et à la peur qu’il lui arrive quelque chose. Score : 7 sur 15, dépistage positif ; elle répond « non » à l’item du désespoir. Le kinésithérapeute en informe le médecin traitant, et réoriente sa prise en charge : objectifs choisis avec elle, sorties accompagnées progressives, travail de l’équilibre pour réduire la peur de tomber. La GDS pourra être refaite après quelques semaines.
Dépression et peur de tomber
Où elle prend sa place
La GDS-15 s’intègre au bilan gériatrique de kinésithérapie, à côté des tests d’équilibre et de marche, de la mesure de la peur de tomber et d’un repérage cognitif — Mini-Cog, MMSE ou MoCA. Elle convient en cabinet, à domicile et en établissement. Chez l’adulte plus jeune, le PHQ-9 ou la HADS sont plus adaptés.
À garder dans le bilan gériatrique
Simple, sans items somatiques et adaptée à la personne âgée, la GDS-15 dépiste les symptômes dépressifs qui freinent la récupération. Elle se cote avec soin, alerte sur le désespoir, et oriente vers le médecin dès 5, sans poser de diagnostic.