Klair Décrypte
AB-HEER : pourquoi une poussée bat une position
Même étude, même diagnostic, mais 7,6 contre 4,8 : l’AB-HEER ne se contente pas d’une position, il pousse la tête fémorale vers l’avant. Le meilleur compromis des tests de micro-instabilité de hanche — et ses limites.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
Nous avons consacré un article à la micro-instabilité de hanche, ce diagnostic qu’on croyait impossible et que l’arthroscopie a confirmé. Le test d’appréhension antérieure y atteignait un rapport de vraisemblance de 4,8. Voici un autre test de la même étude, et il fait mieux — 7,6 — pour une raison qui mérite d’être comprise : on ne se contente plus d’une position, on pousse la tête fémorale vers l’avant.
Une position, et une poussée vers l’avant
La position décrite par Hoppe associe une abduction de 30 à 45°, une extension et une rotation externe. Comme pour le test d’appréhension, c’est la combinaison extension plus rotation externe qui met la capsule antérieure en tension maximale ; l’abduction ajoutée déporte la tête fémorale vers le bord antéro-supérieur de l’acétabulum.
Mais la vraie différence avec le test d’appréhension est ailleurs : ici, l’examinateur applique une force dirigée vers l’avant sur la face postérieure du grand trochanter. Cette poussée translate la tête fémorale vers l’avant au moment où la capsule est le moins capable de la retenir. On ne se contente plus de placer la hanche dans une position à risque : on sollicite directement le défaut de contention.
Trois temps
Pourquoi une poussée fait mieux qu’une position
Les chiffres, et le trio de Hoppe
Sensibilité 80,6 %, spécificité 89,4 %, rapport de vraisemblance positif de 7,6, rapport négatif de 0,22. Le triplet est cohérent, et la référence est solide : une micro-instabilité confirmée en peropératoire. Partant de 25 % chez un patient hypermobile ou un sportif en sport de pivot, un test positif porte la probabilité à 72 % et un test négatif la ramène à 7 %. Les deux directions sont exploitables — ce qui n’était pas le cas du test d’appréhension seul.
Hoppe a étudié un trio : AB-HEER, test d’appréhension antérieure (HEER) et prone instability test. Deux tests positifs ou plus portent la spécificité à 95,7 % (rapport positif 15,9). À quoi s’ajoute, non comme un test mais comme un terrain, le score de Beighton, qui documente l’hypermobilité générale. La réserve habituelle s’applique : étude unique, pas de réplication indépendante — considérez ces 80 % comme une borne haute.
Ce que ce test déplace réellement
Faites le calcul sur votre patient
Ce que le diagnostic change, et le piège inverse
Le danger principal est de confondre micro-instabilité et conflit fémoro-acétabulaire, parce que les patients se plaignent pareil — une douleur inguinale chez un sportif jeune — et que les traitements sont opposés. Un conflit est un excès de contenant : trop d’os, une hanche trop contrainte, et le traitement vise à réduire les amplitudes conflictuelles. Une micro-instabilité est un défaut de contenant : et tout ce qui augmente l’amplitude l’aggrave.
Concrètement, chez un patient à AB-HEER positif, plusieurs pratiques courantes deviennent contre-indiquées : les étirements en extension-rotation externe, les mobilisations passives en fin d’amplitude, le travail de gain d’amplitude en abduction-rotation externe — et chez le danseur, le forçage de l’en-dehors, qui est précisément la position du test. À l’inverse, ce qui aide est le contrôle actif : rotateurs profonds, fessiers, gainage du bassin, travail proprioceptif en amplitudes moyennes. Les données évoquent aussi une capsulorraphie en cas d’instabilité confirmée réfractaire — ce qui souligne que le problème est bien capsulaire.
La limite de ces tests : une douleur n’est pas une instabilité
À faire avec l’appréhension antérieure, chez l’hypermobile
Rapport positif de 7,6 contre la confirmation peropératoire, et les deux directions exploitables : c’est le meilleur compromis des tests de micro-instabilité de hanche. Sa supériorité vient de la poussée qui reproduit la translation antérieure.