Klair Décrypte
Classification de Doha : un vocabulaire commun pour la douleur d’aine du sportif
Adducteurs, ilio-psoas, inguinale, pubienne, hanche : le consensus de Doha classe la douleur d’aine par la palpation et la provocation. Un langage partagé, des tests inégalement fiables, et 44 % de causes multiples.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
Pubalgie, ostéite pubienne, hernie du sportif, tendinopathie des adducteurs, conflit de hanche : devant la même douleur d’aine, dix praticiens peuvent employer dix mots. Les experts réunis à Doha l’ont vérifié sur eux-mêmes : pour un même cas clinique présenté avant la réunion, leurs premiers diagnostics allaient de la lésion des adducteurs à la fracture de fatigue du pubis. Leur réponse n’a pas été un nouveau test, mais une grammaire : des entités définies par ce que l’on palpe et ce que l’on provoque. C’est aujourd’hui la référence pour décrire une douleur d’aine du sportif.
Quatre entités, une hanche, et le reste
La classification repose sur une notion simple : la sensibilité à la palpation, définie comme une gêne ou une douleur que le sportif reconnaît comme sa douleur. Elle distingue quatre entités cliniques. Liée aux adducteurs : sensibilité des adducteurs ET douleur à l’adduction résistée. Liée à l’ilio-psoas : sensibilité de l’ilio-psoas, plus probable si la flexion résistée ou l’étirement des fléchisseurs est douloureux. Inguinale : douleur dans la région du canal inguinal ET sensibilité du canal, sans hernie palpable, plus probable si la douleur augmente à la contraction résistée des abdominaux ou à la toux, à l’éternuement, au Valsalva. Pubienne : sensibilité locale de la symphyse et de l’os adjacent. S’y ajoutent la douleur liée à la hanche, à toujours envisager, et les autres causes, orthopédiques, neurologiques, urologiques, digestives ou tumorales. Un sportif peut relever de plusieurs entités à la fois.
Trois temps
Ce que Doha ne dit pas
Ce que valent les tests qui la composent
Une classification ne vaut que par la reproductibilité de ses critères. L’équipe de Heijboer l’a mesurée chez 44 sportifs souffrant d’une douleur d’aine ancienne, examinés par deux cliniciens en aveugle. Côté adducteurs et pubis, la palpation des adducteurs donnait un accord de κ 0,02 à 0,54 selon le site, la palpation pubienne de 0,37 à 0,45, et les tests d’adduction résistée de 0,22 à 0,74. La palpation la plus souvent positive chez les sportifs classés « adducteurs » était celle de l’origine du long adducteur (94 %), et l’étirement des adducteurs n’aidait pas à classer. Côté inguinal, la palpation donnait κ 0,35 à 0,49 et les tests de résistance abdominale 0,35 à 0,72 ; les auteurs concluent qu’aucun test isolé n’est parfait.
La classification, elle, se montre utile pour décrire. Dans la première étude à l’avoir appliquée, Taylor 2018 a relu les dossiers de 100 sportifs consécutifs d’une consultation multidisciplinaire de l’aine, en majorité des footballeurs : l’entité adducteurs était de loin la plus fréquente (61 %), l’entité pubienne la plus rare (4 %), et 44 % des sportifs avaient plusieurs causes. Ce dernier chiffre est peut-être le plus utile au clinicien : une douleur d’aine du sportif est souvent plurielle, et s’arrêter à la première structure douloureuse expose à traiter la moitié du problème.
Exemple fictif
Où elle prend sa place
La classification de Doha structure l’examen ; les tests en précisent chaque case. Cette rubrique a disséqué le squeeze test et l’étirement des adducteurs pour l’entité adducteurs, le crossover test dans le cadre de la pubalgie, et plusieurs tests intra-articulaires — FADIR, IROP, scour test — pour la douleur liée à la hanche. Pour suivre le retentissement fonctionnel, le HAGOS complète utilement le tableau. L’imagerie, enfin, se lit à la lumière de la clinique : le consensus rappelle que les anomalies sont fréquentes chez des sportifs sans douleur.
À adopter comme langage d’examen de l’aine
La classification de Doha remplace les étiquettes floues par des entités définies par la palpation et la provocation. Elle ne pose pas de diagnostic lésionnel et ses tests sont inégalement reproductibles, mais elle impose un examen complet et un vocabulaire partagé.