Klair Décrypte

ACL-RSI : mesurer la peur de se reblesser avant la reprise

Tests physiques validés, mais un patient qui n’ose plus pivoter : l’ACL-RSI met un chiffre sur la préparation psychologique au retour au sport après ligamentoplastie. Douze items, un score sur 100, des repères entre 55 et 65 selon la population.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026

ACL-RSI : mesurer la peur de se reblesser avant la reprise

Force du quadriceps symétrique, tests de saut au-delà de 90 %, genou stable : sur le papier, tout est prêt. Pourtant, le joueur repousse la reprise des entraînements collectifs et pense à son genou à chaque changement de direction. Après une ligamentoplastie du croisé antérieur, la peur de se reblesser est l’un des freins les plus fréquents au retour au sport. L’ACL-RSI a été conçu pour la rendre visible et mesurable, au lieu de la laisser se deviner au détour d’une séance.

Émotions, confiance, perception du risque

Les 12 items explorent trois registres. Les émotions (5 items) : nervosité, frustration de devoir tenir compte de son genou, capacité à se sentir détendu, peur de se reblesser, peur de se blesser accidentellement. La confiance dans la performance (5 items) : que le genou ne lâchera pas, jouer sans se soucier de son genou, genou qui tient sous la pression, retrouver son niveau d’avant la blessure, bien performer. Et l’évaluation du risque (2 items) : probabilité perçue d’une nouvelle blessure, et l’idée de devoir repasser par une chirurgie et une rééducation qui empêche de jouer. Les trois domaines mesurent en réalité un seul facteur, la préparation psychologique : on lit un score unique. La cible est le patient opéré du LCA qui envisage de reprendre un sport.

Trois temps

Les pièges de passation

Lire un score

Il n’existe pas de seuil universel : chaque étude a le sien, selon la population, le délai et la définition du retour au sport. Chez 124 athlètes de compétition, un score inférieur à 55 à 6 mois signalait un risque d’échec de reprise à 1 an (sensibilité 69 %, spécificité 83 % ; Kitaguchi 2020). Chez 250 opérés d’une première ligamentoplastie, 62 à 6 mois prédisait le retour au niveau antérieur à 1 an (sensibilité 57 %, spécificité 81 % ; Webster & Feller 2018). Dans la cohorte française FAST (681 sportifs), un score ≥ 60 à 6 mois était associé au retour au même sport à 2 ans, et le seuil optimal à 2 ans était ≥ 65 (Sadeqi 2018). Après ligamentoplastie de révision, les seuils à 6 mois étaient de 60,4 avant 23 ans et 56,7 au-delà (McAleese 2025). Klair Kiné retient le repère le plus bas, 55, comme indication non bloquante, dans le questionnaire comme dans la batterie de retour au sport : un score sous 55 invite à explorer la peur et la confiance, un score au-dessus ne vaut pas feu vert. Si vous avez utilisé l’ancienne version de l’app, ses zones à 65 et 50 et son critère bloquant à 60 ont disparu : relisez ces anciens résultats avec ce nouveau repère.

Exemple : un basketteur obtient 48 à sept mois de sa ligamentoplastie, alors que ses tests physiques progressent. Les items les plus bas concernent les pivots et la peur de se reblesser. On introduit les gestes sportifs de façon graduée — changements de direction anticipés, puis réactifs, puis au contact. À neuf mois, il atteint 67 : le gain de 19 points dépasse le changement minimal important de 13,4 points (Webster & Feller 2021), et les items de confiance ont remonté. Ce seuil de changement a été établi à l’échelle d’un groupe ; chez un patient isolé, il reste proche de l’erreur de mesure, d’où l’intérêt de lire aussi les items.

Où il prend sa place

L’ACL-RSI est une pièce de la décision de retour au sport, pas un questionnaire accessoire. Il s’intègre, aux côtés des tests de saut (indice de symétrie ≥ 90 %), de la force du quadriceps, d’un score fonctionnel rapporté par le patient comme l’IKDC ou le KOOS et du délai post-opératoire, dans une évaluation multidimensionnelle. Un score bas ne se « corrige » pas par un discours rassurant : il oriente vers une exposition progressive aux situations redoutées, et parfois vers un accompagnement spécifique. La version courte à 6 items peut servir au suivi rapproché.

À intégrer à tout bilan de reprise après LCA

L’ACL-RSI mesure en quelques minutes la préparation psychologique au retour au sport. Il se lit item par item et contre des repères qui dépendent de la population (55 à 65), l’app retenant un repère indicatif non bloquant de 55.