Klair Décrypte

ASLR : quand la jambe devient lourde sans être faible

Le critère n’est ni une amplitude ni une douleur, mais la sensation d’effort cotée par la patiente. Et sa variante de compression montre en quelques instants l’effet d’une ceinture pelvienne.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026

ASLR : quand la jambe devient lourde sans être faible

Une patiente consulte trois mois après son accouchement pour une douleur lombo-pelvienne. Vous testez les amplitudes, la sacro-iliaque, les muscles — et tout paraît à peu près normal. Il existe un test dont le critère n’est ni une amplitude ni une douleur, mais la sensation d’effort qu’elle décrit en levant une jambe. Sensibilité 87 %, spécificité 94 % dans cette population précise. Et sa variante, avec compression du bassin, montre en quelques instants l’effet d’une ceinture.

Le geste, et le critère qui appartient à la patiente

Le principe est fonctionnel et non lésionnel. Lever une jambe tendue en décubitus demande de transmettre une force à travers le bassin, du fémur au rachis. Si les structures qui assurent ce transfert — ligaments sacro-iliaques, plancher pelvien, abdominaux profonds — ne verrouillent plus correctement, la jambe devient subjectivement lourde alors que la force musculaire est conservée.

Trois temps

Un test de soulagement, comme trois autres de cette rubrique

Ce que les chiffres disent, et dans quel cadre

Sensibilité 87 %, spécificité 94 %, rapport de vraisemblance positif de 14,5 — au-delà du seuil de 10 qui rend un résultat concluant — et rapport négatif de 0,14. Partant d’une chance sur deux — une hypothèse de travail, pas une prévalence mesurée —, un test positif porte la probabilité à 94 % et un test négatif la ramène à 12 %. Les deux directions sont exploitables.

Deux réserves sur le domaine de validité, et elles sont strictes. D’abord, ces valeurs viennent de Mens 2001, qui a mesuré la sensibilité chez 200 femmes souffrant d’une douleur pelvienne postérieure apparue avec une grossesse, et la spécificité chez 50 femmes saines : face à d’autres douleurs lombo-pelviennes, la spécificité réelle est probablement plus basse, et le 94 % est un plafond. Ensuite, elles ne s’appliquent pas telles quelles à une lombalgie commune chez un homme de cinquante ans. La reproductibilité test-retest est en revanche solide, avec un ICC de 0,83, et le score suit la sévérité : il est corrélé à 0,70 avec l’échelle d’incapacité de Québec (Mens 2002).

Ce que ce test déplace réellement

Faites le calcul sur votre patient

Du test au traitement, sans intermédiaire

C’est ce qui rend ce test remarquable : sa variante de compression est le raisonnement thérapeutique. Si fermer manuellement le bassin rend la jambe légère, alors une ceinture pelvienne reproduira cet effet toute la journée — et vous venez de le démontrer devant la patiente, sans discussion possible. Peu d’indications sont aussi directement établies.

La suite découle du même raisonnement. La ceinture soulage mais ne traite pas : ce qui traite, c’est de rendre au bassin sa capacité de verrouillage active. Le travail porte donc sur les abdominaux profonds, le plancher pelvien et les stabilisateurs de hanche — le même cylindre profond que celui visé par la règle de Hicks pour la lombalgie, ce qui n’est pas un hasard. Le score de 0 à 5 vous sert alors d’indicateur de suivi : une patiente qui passe de 4 à 1 progresse, indépendamment de sa douleur.

Ce qu’un test négatif ne dit pas

À faire systématiquement en post-partum

Trente secondes pour le test, trente de plus pour sa variante de compression — et vous obtenez un diagnostic, une indication de ceinture démontrée devant la patiente, et un indicateur de suivi chiffré. Peu d’outils de cette rubrique donnent autant d’un seul geste.