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ISI (index de sévérité de l’insomnie) : chiffrer les nuits du patient douloureux

Sept questions, un score sur 28, un seuil de repérage à 10 et un repère de changement à 8,4 points : l’ISI est l’outil le plus simple pour mesurer une insomnie et suivre l’effet de la prise en charge.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026

ISI (index de sévérité de l’insomnie) : chiffrer les nuits du patient douloureux

« Je dors mal depuis que j’ai mal. » Chez les patients douloureux chroniques, la phrase revient sans cesse, et la relation fonctionne dans les deux sens : la douleur fragmente le sommeil, et un sommeil fragmenté abaisse la tolérance à la douleur. Le kinésithérapeute peut agir sur ce cercle — activité physique, gestion des horaires, éducation, positionnement nocturne —, encore faut-il savoir d’où l’on part et si ce que l’on propose change quelque chose. L’ISI est l’outil le plus direct pour mesurer la sévérité d’une insomnie et la suivre dans le temps.

La nuit, et ce qu’elle coûte le jour

Les sept items de l’ISI couvrent deux versants. Le versant nocturne, en trois items : difficulté à s’endormir, difficulté à rester endormi, réveil trop précoce. Le versant des conséquences, en quatre items : satisfaction à l’égard du sommeil actuel, retentissement du problème visible par l’entourage, inquiétude qu’il suscite, et interférence avec le fonctionnement de la journée — fatigue, humeur, travail, concentration. Cette structure fait tout l’intérêt de l’ISI : une insomnie ne se résume pas au nombre d’heures dormies, elle se définit aussi par la détresse et la gêne qu’elle entraîne. L’outil s’adresse à l’adulte qui se plaint de son sommeil.

Trois temps

Les pièges de lecture

Lire un score

Le repère le mieux étayé est un seuil de 10 : dans un échantillon de 959 personnes tirées de la population générale, il repère une insomnie avec 86,1 % de sensibilité et 87,7 % de spécificité (Morin 2011). Les quatre niveaux souvent cités (0-7, 8-14, 15-21, 22-28) et le « changement minimal de 6 points » n’ont pas été retrouvés dans une source vérifiée : l’application les a retirés. Pour le suivi, l’outil dispose d’un repère rare parmi les questionnaires de sommeil : chez 183 patients traités pour insomnie, une baisse de 8,4 points (IC 95 % 7,1 à 9,4) correspondait à une amélioration modérée jugée par un évaluateur indépendant. La cohérence interne est excellente (α 0,90 et 0,91).

Exemple : une patiente de cinquante ans, fibromyalgique, obtient 19 sur 28 au bilan, bien au-dessus du seuil de repérage, avec des scores maximaux aux items d’endormissement et d’interférence avec la journée. Le kinésithérapeute propose un programme d’activité physique progressive en journée, des horaires de lever réguliers et un travail sur la détente en fin de journée, et informe le médecin traitant. Huit semaines plus tard, elle obtient 9 : la baisse de 10 points dépasse le repère de 8,4 points associé à une amélioration modérée, et elle est passée sous le seuil de 10. L’amélioration est cohérente avec ce qu’elle décrit.

ISI, Epworth ou PSQI ?

Où il prend sa place

L’ISI trouve sa place dans le bilan des douleurs persistantes, de la fibromyalgie, des lombalgies et cervicalgies chroniques, et dans toute prise en charge où le patient évoque un sommeil dégradé. Il se combine utilement à une mesure de la douleur et de l’incapacité, et à un dépistage de l’humeur quand l’insomnie s’accompagne de tristesse ou d’anxiété. Au-dessus du seuil de 10, surtout si le score ne baisse pas malgré la prise en charge, un avis médical est justifié.

À garder pour mesurer et suivre une insomnie

Court, fiable et doté d’un repère de changement publié, l’ISI chiffre la sévérité d’une insomnie et sa gêne au quotidien. Il se lit comme une évolution, avec un seuil de repérage à 10.