Klair Décrypte

Biceps Squeeze : le Thompson du coude

Rapport de vraisemblance négatif de 0,08, sans avoir à palper un tendon noyé dans l’œdème. Et une raison anatomique précise de ne jamais le pratiquer seul.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026

Biceps Squeeze : le Thompson du coude

Un homme de cinquante ans a senti un craquement au pli du coude en retenant une charge qui tombait. Le coude est œdématié, douloureux, et la palpation du tendon ne donne rien d’exploitable. C’est exactement la situation où l’on passe à côté d’une rupture du tendon distal du biceps — et où un geste emprunté au test de Thompson tranche en dix secondes, avec un rapport de vraisemblance négatif de 0,08.

Le geste, et le sens inversé de la réponse

La logique est purement mécanique. Comprimer le corps musculaire du biceps tire sur son tendon distal ; si ce tendon est intact, la traction supine l’avant-bras. S’il est rompu, la compression ne transmet plus rien et rien ne bouge. Comme pour le test de Thompson à la cheville, c’est donc l’absence de mouvement qui est pathologique.

Trois temps

Le piège de la compression insuffisante

Ce que les chiffres disent vraiment

Dans la série de Ruland, le test était positif chez 24 des 26 patients adressés pour une rupture présumée — 21 des 22 opérés avaient bien une rupture complète —, soit une sensibilité d’environ 92 %. Chez les 65 témoins sans traumatisme, aucun faux positif : spécificité de 100 %. Mais des témoins sains ne ressemblent pas aux patients qu’on examine vraiment, qui ont mal au pli du coude pour d’autres raisons ; la spécificité réelle est certainement plus basse, et les compressions mal exécutées décrites plus haut en sont une source probable.

Avec une spécificité de 100 %, le rapport de vraisemblance positif n’est pas calculable : nous ne l’affichons pas. C’est le rapport négatif qui est exploitable, à 0,08. Une supination franche divise par douze environ la cote de rupture. Dans une situation où l’enjeu est de ne pas laisser passer une lésion qui se répare chirurgicalement dans les trois semaines, c’est cette direction qui compte le plus.

Ce que ce test déplace réellement

Faites le calcul sur votre patient

Devant un tableau typique — craquement à l’effort, ecchymose du pli du coude, homme de la quarantaine ou de la cinquantaine — partez d’une probabilité d’environ 50 %. Un test négatif la fait tomber à 7 %. Un test positif la rend très probable, sans qu’on puisse la chiffrer honnêtement à partir d’une spécificité mesurée sur des témoins sains.

Pourquoi il faut deux tests, pas un

Le classement des tests du biceps distal place le hook test en première position et le Biceps Squeeze en seconde. Le hook test consiste à venir crocheter le tendon avec l’index par le bord latéral du pli du coude : si vous accrochez une corde, le tendon est là ; si votre doigt passe dans le vide, il n’y est plus. Les deux tests n’explorent pas la même chose — l’un cherche la présence anatomique du tendon, l’autre sa continuité fonctionnelle.

Le lacertus fibrosus, responsable des ruptures manquées

Un dernier argument pratique : le Biceps Squeeze ne demande pas de palper le tendon. C’est précisément ce qui le rend utile en phase aiguë, quand l’œdème et l’ecchymose rendent toute palpation fine impossible — le moment où le diagnostic compte le plus, puisque la fenêtre de réparation anatomique se referme vite.

À faire systématiquement, avec le hook test

Dix secondes, aucune palpation fine nécessaire, un critère objectif que le patient voit lui-même. Mais jamais seul : la combinaison avec le hook test est ce qui protège des ruptures masquées par un lacertus fibrosus intact.