Klair Décrypte
Asymétrie des plis du nourrisson : le motif d’adresse qui compte moins que l’abduction
Isolée, l’asymétrie des plis de la cuisse n’a retrouvé aucune dysplasie de hanche chez 458 nourrissons adressés pour ce motif. Associée à une abduction limitée, elle devient un vrai signal.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 05/11/2026
« Le pédiatre a vu des plis pas pareils. » C’est l’une des phrases les plus fréquentes lors d’un premier rendez-vous pour un nourrisson, et elle inquiète beaucoup les parents. L’asymétrie des plis cutanés figure depuis longtemps parmi les signes d’appel de la dysplasie de hanche. Pourtant, les données disponibles racontent une histoire nettement moins alarmante : isolée, l’asymétrie des plis de la cuisse n’a retrouvé aucune dysplasie dans une large série de nourrissons adressés pour ce seul motif. Ce qu’elle vaut réellement dépend de ce qui l’accompagne.
Quels plis, et pourquoi ils bougent
Trois familles de plis sont regardées : les plis de l’aine, les plis de la face interne de la cuisse et les plis fessiers, avec le sillon sous-fessier. Leur position dépend de la longueur de la cuisse et du volume des tissus mous. Une hanche luxée, dont la tête fémorale est remontée, raccourcit le segment et peut décaler ces plis ; c’est pourquoi Storer et Skaggs citent l’asymétrie des plis de la cuisse parmi les signes qui peuvent être présents chez le nouveau-né luxé. Mais l’inverse n’est pas vrai. Les nourrissons ont des cuisses potelées dont les plis sont souvent irréguliers d’un côté à l’autre sans aucune anomalie ; le mécanisme proposé par Samelis montre d’ailleurs qu’un pli asymétrique traduit une différence de longueur, pas une maladie de la hanche en particulier.
Trois temps
Les erreurs qui fabriquent une asymétrie
Ce que disent les chiffres
L’étude de Kang est la plus parlante. Sur 584 nourrissons de 4 à 12 mois adressés à un service d’orthopédie pédiatrique après un dépistage suspect, 458, soit 78,4 %, l’étaient pour une asymétrie médio-cuissière isolée — et aucun n’avait de dysplasie à l’examen spécialisé et à la radiographie. À l’inverse, environ 18,3 % des nourrissons adressés pour d’autres motifs, comme une limitation d’abduction, une inégalité de longueur ou un ressaut, avaient une dysplasie. Le signe le plus souvent à l’origine de l’adresse était donc le moins rentable. Le consensus d’experts de Roposch va dans le même sens : l’asymétrie des plis de l’aine y figure parmi les critères diagnostiques les moins bien classés.
Tout change quand le pli s’accompagne d’une limitation d’abduction. Chez 968 enfants adressés pour une échographie de hanche de routine, dont 117 avaient une dysplasie, Subaşı a évalué l’association des deux signes retrouvée lors des trois examens : sensibilité 83,8 %, spécificité 70,2 %. Traduits en rapports de vraisemblance, cela donne un LR+ d’environ 2,8 et un LR− d’environ 0,23 — une combinaison modeste pour confirmer, plus utile pour rassurer. Dans cette population, où la dysplasie concernait environ 12 % des nourrissons, la valeur prédictive négative atteint 96,9 %, mais la valeur positive plafonne à 27,8 % : près de trois associations positives sur quatre ne correspondaient pas à une dysplasie. Ces valeurs dépendent de la fréquence de la maladie dans la population examinée, et ne se transposent pas telles quelles au cabinet.
Ce qu’il faut dire aux parents
À regarder, jamais à interpréter seul
Isolée, l’asymétrie médio-cuissière n’a identifié aucune dysplasie chez 458 nourrissons adressés pour ce motif. Son intérêt apparaît en association avec une limitation d’abduction, qui est le vrai signe à ne pas manquer.