Klair Décrypte
AUSCAN : mesurer douleur, raideur et fonction dans l’arthrose des mains
Quinze items, trois sous-échelles et un sens inverse : l’AUSCAN suit l’arthrose digitale mieux qu’un score du membre supérieur. Fiable et réactif, sans seuil de changement publié, avec une douleur qui bouge souvent avant la fonction.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026
Une patiente de soixante-deux ans consulte pour une rhizarthrose et des nodosités d’Heberden. Elle ne vient pas chercher un diagnostic : la radiographie l’a déjà posé. Elle vient parce qu’ouvrir un bocal, tourner une clé ou tenir une casserole est devenu pénible. Pour savoir si l’orthèse, les exercices et l’éducation changent quelque chose, il faut une mesure reproductible. L’AUSCAN est l’outil construit exactement pour cela : mesurer ce que l’arthrose des mains fait à la vie quotidienne, puis suivre son évolution.
Trois dimensions, une seule pathologie
L’AUSCAN reprend l’architecture du WOMAC, pensé pour la hanche et le genou, et l’applique à la main. Il explore trois dimensions séparées. La douleur, en cinq situations — saisir, soulever, tourner, serrer, et au repos. La raideur, en un seul item portant sur le dérouillage du matin. La fonction, en neuf gestes du quotidien : manœuvrer un robinet ou une clé, fermer ses vêtements, porter une casserole, éplucher, essorer du linge, ramasser de petits objets. Il s’adresse aux patients porteurs d’une arthrose digitale — interphalangiennes distales et proximales, trapézo-métacarpienne — et se montre plus spécifique que le DASH, qui mesure l’incapacité du membre supérieur entier.
Trois temps
Les pièges de lecture
Lire une évolution, pas une valeur isolée
L’AUSCAN n’a pas de seuil diagnostique : un score ne dit pas si la patiente « a » une arthrose, il dit combien elle en souffre. La validation de Bellamy (2002) établit sa fiabilité — deux passations à une semaine d’intervalle chez une patiente stable donnent des résultats proches — et sa réactivité : l’AUSCAN bouge quand un traitement agit, possiblement mieux que le FIHOA. En revanche, aucun changement minimal cliniquement important n’a été vérifié, et aucun palier de sévérité n’est validé. L’application n’affiche donc plus ni « changement de 9 points » ni paliers sur un total normalisé : elle donne le total brut sur 150 et les trois sous-échelles. Ajoutons que sa version est une adaptation non validée de l’instrument, sous licence : ses scores servent à suivre la même patiente, pas à la comparer aux valeurs publiées.
Exemple : notre patiente cote la douleur à 28 sur 50, soit 56 %, et la fonction à 45 sur 90, soit 50 %. Huit semaines d’orthèse de repos, d’exercices et d’économie articulaire plus tard, la douleur passe à 22 sur 50 (44 %) et la fonction à 41 sur 90 (46 %). La douleur a baissé de 12 points de pourcentage, la fonction de 4 seulement. Sans seuil de changement établi, ces chiffres ne se jugent pas seuls : la baisse de la douleur est nette et cohérente avec ce que décrit la patiente, celle de la fonction reste trop faible pour conclure. Cette dissociation est fréquente — la douleur répond souvent avant la fonction — et c’est précisément ce qu’un score global aurait masqué.
AUSCAN ou FIHOA ?
Où il prend sa place
L’AUSCAN s’utilise au bilan initial puis aux réévaluations d’une prise en charge d’arthrose digitale, et encadre bien les interventions ponctuelles : avant et après une infiltration de corticoïde ou une chirurgie de rhizarthrose. Il se lit à côté de l’imagerie — la classification de Kellgren-Lawrence décrit la structure, l’AUSCAN le vécu, et les deux concordent souvent mal — et se complète par des mesures objectives comme la force de préhension et de pince au dynamomètre.
À garder pour suivre l’arthrose des mains
Un questionnaire spécifique, fiable et structuré en trois dimensions. Il se lit sous-échelle par sous-échelle, dans le bon sens, sans seuil de changement établi — et se complète par la force de préhension.