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CSI (Central Sensitization Inventory) : un drapeau, pas un diagnostic

Fatigue, sommeil non réparateur, douleurs diffuses : le CSI recense les symptômes qui accompagnent souvent une sensibilisation centrale. Un seuil de dépistage à 40 sur 100 — qui repère, sans rien prouver.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 13/10/2026

CSI (Central Sensitization Inventory) : un drapeau, pas un diagnostic

Une patiente consulte pour une lombalgie qui dure depuis deux ans. À l’interrogatoire, la douleur déborde du dos : fatigue permanente, sommeil qui ne répare pas, maux de tête, intestin irritable, sensibilité à la lumière. Faut-il y voir un simple empilement de plaintes, ou le signe que le système nerveux amplifie désormais tous les signaux ? Le Central Sensitization Inventory a été conçu pour objectiver ce tableau. Il ne mesure pas la sensibilisation centrale elle-même — aucun questionnaire ne le peut —, il recense les symptômes qui l’accompagnent souvent.

Ce que le CSI explore

La partie A du CSI interroge la fréquence de symptômes somatiques et émotionnels que l’on retrouve dans les syndromes dits de sensibilité centrale : fibromyalgie, céphalées chroniques, côlon irritable, dysfonctions temporo-mandibulaires, fatigue chronique. Klair Kiné propose les 25 items de la version publiée : sommeil non réparateur et mauvais sommeil, raideur et tensions musculaires, crises d’anxiété, serrement des dents et douleur de la mâchoire, troubles du transit, besoin d’aide au quotidien, sensibilité à la lumière vive et aux odeurs, fatigabilité à l’effort et manque d’énergie, douleurs diffuses, céphalées, troubles urinaires, difficultés de concentration et de mémoire, problèmes de peau, symptômes aggravés par le stress, humeur triste, jambes sans repos, traumatisme dans l’enfance et douleurs pelviennes. La partie B, qui recense les diagnostics déjà posés, n’est pas cotée. Aucun item ne porte sur la région douloureuse qui a motivé la consultation : c’est tout l’intérêt de l’outil.

Trois temps

Trois pièges de lecture

Lire un score

Le seuil de 40 sur 100 vient de Neblett et al. (2013) : chez 121 patients adressés à un centre de la douleur, comparés à 129 sujets non patients, il offrait le meilleur compromis (aire sous la courbe 0,86, sensibilité 81 %, spécificité 75 %). Les cinq niveaux de sévérité ont été construits ensuite à partir des moyennes et écarts-types publiés, puis validés dans un autre échantillon (Neblett 2017). La fidélité test-retest vaut 0,82 chez des sujets sains (Mayer 2012) : deux passations rapprochées donnent des scores proches, sans être identiques. Aucun changement minimal cliniquement important n’est retenu : une variation de quelques points entre deux bilans ne doit pas être surinterprétée.

Prenons un patient qui obtient 52 sur 100 au premier bilan, niveau « sévère », puis 34 sur 100 trois mois plus tard, après un programme associant éducation à la douleur, reprise d’activité graduée et travail sur le sommeil. Ses symptômes associés sont devenus moins fréquents, il est passé sous le seuil de 40 et au niveau « léger ». La baisse de 18 points est nette, mais faute de changement minimal important publié, on la présente comme un recul du tableau diffus, pas comme la preuve d’une désensibilisation. Le score sert de fil conducteur pour la discussion, pas de verdict.

Ce que le CSI apporte à la séance

Où il prend sa place

Le CSI n’a de sens qu’inséré dans un raisonnement. Face à une douleur persistante, il complète l’examen clinique à la recherche d’une douleur disproportionnée, diffuse ou mal systématisée, et il se croise avec un outil de dépistage neuropathique comme le DN4 pour ne pas confondre composante neuropathique et composante nociplastique. Du côté des facteurs psychologiques, le catastrophisme, la peur du mouvement et l’auto-efficacité se mesurent avec d’autres échelles ; le CSI, lui, reste centré sur les symptômes. Pour stratifier le risque d’évolution défavorable d’une lombalgie en soins primaires, le STarT Back Tool est plus adapté.

À utiliser comme drapeau, dans un bilan élargi

Un questionnaire simple qui rend visibles des symptômes que le patient ne relie pas à sa douleur. Il oriente l’examen et le discours, mais ne prouve aucun mécanisme : son seuil de 40 a été établi contre des sujets non patients.