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Critères de Nantes : reconnaître une névralgie pudendale sans test de référence

Territoire pudendal, douleur aggravée assis, pas de réveil nocturne, pas de déficit sensitif, bloc positif : cinq critères de consensus, recommandés mais jamais validés par une étude de précision diagnostique.

Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 24/09/2026

Critères de Nantes : reconnaître une névralgie pudendale sans test de référence

Une douleur périnéale qui brûle, qui s’aggrave assis, et qui a déjà fait consulter un gynécologue, un urologue, un proctologue. Les recommandations françaises de 2022 sur la névralgie pudendale affichent justement l’objectif de raccourcir les délais de prise en charge. Le kinésithérapeute en pelvi-périnéologie peut croiser ces patients dans leur parcours, et les critères de Nantes sont l’outil qui permet de reconnaître le tableau. Ils ont un statut particulier : largement adoptés, recommandés, mais jamais validés par une étude de précision diagnostique. Il faut donc savoir ce qu’ils disent exactement.

Cinq critères essentiels, tous nécessaires

  • Douleur située dans le territoire anatomique du nerf pudendal.
  • Douleur aggravée par la position assise.
  • Le patient n’est pas réveillé la nuit par la douleur.
  • Aucune perte sensitive objective à l’examen clinique.
  • Bloc anesthésique du nerf pudendal positif.

Les quatre premiers critères sont cliniques et se recueillent à l’interrogatoire et à l’examen ; le cinquième est un geste médical. C’est la formule « 4 + 1 » que retiennent les recommandations françaises formalisées de Levesque (2022). Labat et al. proposent en outre des critères complémentaires, qui apportent des arguments supplémentaires sans être indispensables, et des critères d’exclusion : douleur uniquement coccygienne, fessière ou hypogastrique ; douleur exclusivement paroxystique ; prurit exclusif ; anomalie d’imagerie capable d’expliquer les symptômes.

Trois temps pour le kinésithérapeute

Les pièges de lecture

Ce que l’on sait, et ce qu’on ne sait pas

Nous n’avons retrouvé aucune étude mesurant la sensibilité ou la spécificité des critères de Nantes face à une référence indépendante, et pour cause : il n’existe pas d’examen de référence. Labat et al. écrivent eux-mêmes que le diagnostic est essentiellement clinique, sans signe ni examen spécifique, mais qu’une combinaison de critères peut le suggérer. La revue d’Ahmed (2026), qui a retenu 35 articles, décrit les critères de Nantes comme le cadre de référence du diagnostic ; l’IRM, la neurographie par résonance magnétique et les explorations neurophysiologiques n’y apportent que des arguments d’appoint. Les blocs anesthésiques y sont à la fois diagnostiques et thérapeutiques, avec des taux de soulagement de 68 à 94 % selon les études.

Côté traitement, un essai randomisé ancien est celui de Robert (2005) : 32 patients ayant répondu temporairement aux blocs, répartis entre décompression chirurgicale et traitement non chirurgical. À 3 mois, en intention de traiter, 50 % des opérés étaient améliorés contre 6,2 % des non opérés. La méta-analyse d’Andiman (2025) — 37 études, en grande majorité de faible niveau de preuve — ne retrouvait pas de traitement nettement supérieur aux autres entre chirurgie, infiltrations et radiofréquence pulsée.

La place de la kinésithérapie

Où ils prennent leur place

Pour le kinésithérapeute, les critères de Nantes servent d’abord à reconnaître le tableau et à orienter : quatre critères cliniques présents, aucun critère d’exclusion, et le patient peut être adressé vers une consultation spécialisée où le bloc sera discuté. Ils servent aussi à écarter : une douleur qui réveille, un déficit sensitif franc, une douleur purement coccygienne appellent une autre démarche. L’examen neurologique des racines sacrées — sensibilité périnéale, réflexes du cône terminal — complète utilement la grille.

À utiliser comme grille, avec l’avis spécialisé

Un consensus clair et recommandé, qui structure l’interrogatoire et l’examen d’une douleur périnéale chronique. Sa précision n’a jamais été mesurée, et son cinquième critère — le bloc — sort du champ du kinésithérapeute.