Klair Décrypte
Boston Naming Test : lire un score de manque du mot
Le test de dénomination le plus cité des bilans de langage. Ce qu’il mesure, comment il se cote, et pourquoi un score ne se lit qu’avec l’âge, la scolarité et la langue du patient.
Par Team Klair Kiné · 5 min de lecture · Publié le 03/11/2026
« Passez-moi le… le truc, là. » Un patient suivi après un AVC temporal gauche, ou une patiente âgée dont la famille s’inquiète de la mémoire, cherche ses mots pendant la séance. Le kinésithérapeute n’est pas l’évaluateur du langage — c’est le travail de l’orthophoniste et du neuropsychologue —, mais il lit leurs comptes rendus et doit adapter ses consignes à ce qu’ils décrivent. Le Boston Naming Test y revient souvent. Savoir ce qu’il mesure, et ce qu’un score veut dire, évite de mal interpréter un chiffre isolé.
Ce que le test mesure
Le BNT évalue la dénomination sur confrontation : on montre un dessin au trait, le patient doit en donner le nom. Les images sont présentées par ordre de difficulté croissante, des objets très courants aux objets rares, de sorte que le test reste discriminant chez des sujets sans trouble. Un score bas traduit un manque du mot, symptôme commun à de nombreuses atteintes : aphasies vasculaires, maladie d’Alzheimer, aphasies progressives primaires, traumatismes crâniens. Le test ne dit donc pas quelle est la maladie ; il quantifie une difficulté et permet d’en suivre l’évolution.
Trois temps
Les pièges de lecture
Lire un score
Il n’existe pas de seuil unique. Le score dépend fortement de l’âge et de la scolarité : c’est pourquoi Tombaugh et Hubley ont publié des normes stratifiées sur ces deux variables, établies chez 219 adultes cognitivement sains de 25 à 88 ans. Un score se lit donc par rapport à la norme du groupe du patient, idéalement dans sa langue et sa culture. Le même score peut être normal chez une personne âgée peu scolarisée et anormal chez un adulte jeune diplômé.
La nature des erreurs compte autant que le total. Un patient qui retrouve le mot dès qu’on lui en donne le début a probablement une représentation de l’objet intacte, mais un accès au mot perturbé. Un patient que l’indice phonémique n’aide pas, et qui ne semble plus savoir à quoi sert l’objet, oriente vers une atteinte sémantique. C’est cette analyse qualitative, plus que le chiffre brut, que l’orthophoniste décrira dans son bilan.
Les formes courtes
Ce que le kinésithérapeute en fait
Un BNT effondré dans un compte rendu n’est pas une donnée abstraite. Il signifie qu’une consigne verbale riche en noms d’objets — « prenez le bâton, posez-le sur le tabouret » — risque de ne pas être comprise ou restituée comme vous l’imaginez. Montrez, désignez, utilisez le geste, et vérifiez la compréhension par l’action plutôt que par la reformulation. Si vous constatez vous-même un manque du mot récent chez un patient qui n’a pas de bilan, c’est un motif d’avis médical, pas de test improvisé : le BNT n’est interprétable qu’avec une passation et des normes rigoureuses.
Un outil d’orthophonie à savoir lire
Le BNT quantifie le manque du mot et en suit l’évolution. Il ne pose pas de diagnostic, se lit toujours avec des normes adaptées, et sa cotation doit être précisée pour que deux scores soient comparables.